UCFR
Adaptation, Intégration et
Vie Scolaire
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Les politiques éducatives
C’est vraiment la Révolution française,
héritière de la pensée philosophique du XVIIIe siècle,
qui a donné pour mission à l’Etat de répandre
l’instruction et qui a posé les principes fondamentaux de
celle-ci. Et depuis 1789, tous les gouvernements ont considéré
qu’ils devaient s’occuper de l’enseignement.
Mais la France a connu depuis la Révolution dix régimes
et une quinzaine de constitutions. Sans cesse, l’enseignement a
été modifié dans son organisation, son esprit, ses
méthodes et le rôle de l’Etat a compris de façons
diverses.
Ainsi nous allons étudier l’évolution des politiques
éducatives en partant de la Révolution à nos jours.
1. L’empreinte du passé (1789-1950)
a. L’Ancien Régime
L’Ancien régime, étroitement lié à l’Eglise,
lui confiait presque totalement l’éducation. Il existait
quelques institutions privées, et l’Etat avait crée
des Etablissements d’enseignement supérieur (comme le Collège
de France) et surtout des écoles spéciales pour la formation
d’officiers et d’ingénieurs, comme l’Ecole Militaire
et l’Ecole des Ponts et Chaussées. b. Les philosophes des lumières
L’opinion évolue au XVIIIe siècle : l’intérêt
pour l’instruction grandit. Les philosophes étudient les
problèmes qu’elle pose et les ouvrages sur la question se
multiplient depuis Locke et Fénelon. Diderot, Rousseau, Le Chalotais,
Roland d’Erceville, Condillac et Turgot publient des plans d’éducation.
Le grand succès va à l’Emile de Rousseau. L’idée
que l’éducation doit être affaire d’Etat, qu’elle
doit être répandue et modernisée s’exprime partout.
L’Eglise y est souvent attaquée car elle détient écoles
et collèges et défend les traditions. On réclame
des écoles plus nombreuses, un enseignement plus large et une place
aux sciences et à la langue nationale. c. La Révolution
La Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 ne pose pas
le principe du droit à l’instruction, ce qui surprend. Mais,
quand on rédige la constitution de 1791, on y inscrit à
l’article 21 : « il sera crée et organisé une
instruction publique commune à tous les citoyens, gratuite à
l’égard des parties d’enseignement indispensables à
tous les hommes (…) ».
Ainsi les assemblées révolutionnaires ne cessèrent
de se pencher sur cette question et entendirent lecture de nombreux rapports. 1. Talleyrand
La Constituante, à la fin de son existence, écouta celui
de Talleyrand. Prônant la liberté de l’enseignement,
Talleyrand affirme la nécessité d’organiser des écoles
primaires gratuites mais il n’en propose qu’une par canton,
ne prévoit pas d’obligation et veut enseigner les «
principes de la religion ». Aucune suite ne fut donnée au
sujet. 2. Condorcet
La législative chargea Condorcet, le dernier grand représentant
de la philosophie des Lumières, d’un nouveau rapport sur
l’éducation. Condorcet admet la liberté de l’enseignement,
mais confie à l’Etat une tâche beaucoup plus vaste
et une véritable mission, à la fois éducative et
politique.
Condorcet voyait grand : une école accueillant les filles comme
les garçons. Cette école, il la voulait gratuite, mais ne
rendait pas la fréquentation obligatoire, par respect de la liberté.
Il propose une architecture à cinq niveaux : le primaire, le collège,
les instituts (un par département, équivalent du lycée),
les lycées (neuf pour la France entière, équivalent
de l’université), la société nationale des
sciences et des arts (sorte d’Académie ou d’Institut,
chargée en outre de superviser l’ensemble). Des bourses devaient
permettre aux meilleurs élèves du primaire de poursuivre
leurs études. L’enseignement était résolument
moderne : le français et les sciences y tenaient la première
place. L’instruction civique jouait un rôle important.
Le large rapport sera le modèle de tous les travaux postérieurs.
Personne n’a mieux exprimé que Condorcet, en matière
d’enseignement, les grandes idées de la Révolution
qui vont nourrir la pensée et le combat des Républicains
pour l’éducation nationale jusqu’à nos jours.
Mais par suite des luttes de partis et surtout de l’état
de guerre extérieur et intérieur et de la détresse
financière, la Convention avait discuté, puis écarté
le projet du girondin Condorcet.
Puis, Robespierre soutint le plan de Le Pelletier qui, s’inspirant
de Sparte, confiait à l’Etat le soin d’élever
en commun tous les enfants de cinq à douze ans. Il fut abandonné.
Après tant de rapports, de discussions et de débats, on
aboutit à la fin de 1793 et à la première loi scolaire
française : le décret du 29 primaire an II ; il ne concernait
que le primaire. Les instituteurs devaient être fidèles aux
idées de la Révolution. Le décret ne prévoyait
que trois années d’études, mais posait pour la première
fois le principe de l’obligation. Les circonstances ne permirent
pas à cette première loi de porter ses fruits. D’autres
lois ont suivi mais la première fit disparaître la gratuité
et l’autre l’obligation scolaire. L’échec de
la Révolution pour l’enseignement primaire était donc
profond. Rappelons d’autre part les nombreuses créations
de la Révolution dans le supérieur : Conservatoire des Arts
et Métiers, Muséum, écoles de médecine, écoles
de travaux publics (plus tard Polytechnique), école normale supérieure…
En conclusion, si la Révolution a, en grande partie, échoué
dans son œuvre, elle a ouvert l’avenir en posant les principes
qui seront à la base de notre organisation scolaire : il faut un
peuple de citoyens instruits. d. Napoléon
C’est une conception opposée à celle de la Révolution
que va essayer d’imposer Napoléon Ier : il veut organiser
l’enseignement, mais pour mieux asseoir son régime autoritaire.
Il fonde, sous le Consulat, les lycées (imposant une discipline
rigide) qui doivent lui fournir les cadres de son Etat : officiers et
fonctionnaires. Il se désintéresse du primaire, abandonné
aux communes et aux frères des écoles chrétiennes.
Nous sommes à l’extrême opposé de l’idéal
démocratique. Il se défit de l’enseignement supérieur
: il ne veut ni d’esprits critiques ni d’ « idéologues
» et écarte l’histoire et la philosophie, matières
dangereuses : c’est la loi Fourcroy du 1er mai 1802 (11 floréal
an X). Et sous l’Empire, Napoléon crée l’Université
qui aura le monopole de l’enseignement : « Aucune école,
aucun établissement d’enseignement ne peut être formé
hors de l’Université Impériale » mais le monopole
n’est pas vraiment réalisé.
Napoléon a donc lui aussi échoué, en partie, dans
sa tentative d’unifier l’enseignement sous l’autorité
de l’Etat. Mais il a bâti un édifice universitaire
(le secondaire) qui lui a survécu. Il a donné à l’éducation
sa structure d’ensemble, sa hiérarchie de fonctionnaires
(grand maître, inspecteurs généraux, inspecteurs d’académies,
recteurs…) et un système d’autorité bien commode
aux yeux d’autres régimes, même républicains.
e. La Restauration
La Restauration garda finalement l’Université napoléonienne,
mais chercha à la soumettre entièrement à l’Eglise
tout en accordant à celle-ci le maximum d’avantages pour
son propre enseignement.
f. La monarchie de juillet
Pendant cette période, l’évolution de l’opinion
en faveur de l’instruction primaire amena un homme comme Guizot
à faire voter la loi de 1833. Guizot croit que l’Etat doit
développer l’instruction du peuple, il pense d’ailleurs
consolider ainsi la monarchie censitaire. Mais il veut aussi associer
l’Eglise à l’Etat dans cette œuvre : chaque commune
de plus de 500 habitants doit ouvrir une école pour les garçons,
qui peut être confessionnelle, et les instituteurs laïques
sont placés sous le contrôle du maire et du curé.
Sans établir ni gratuité (sauf pour les indigents) ni obligation,
mesure que Guizot affirmait être irréalisable, elle n’en
a pas moins fait faire de nets progrès à l’instruction
primaire g. 1848 et la loi Falloux
La Révolution de 1848 semblait ouvrir une ère nouvelle et
la Constitution de 1848 inscrit dans son article 8 : « la République
doit mettre à la portée de chacun l’instruction indispensable
à tous les hommes » et Hippolyte Carnot, ministre de l’Instruction
Publique, avait déposé un projet de loi qui voulait établir
la gratuité et l’obligation dans le primaire et s’appuyer
sur les instituteurs pour éduquer le peuple et l’attacher
à la République. Mais ce projet ne peut bénéficier
d’un climat consensuel car les journées ouvrières
de juin 1848 entraînent une violente réaction et une fracture
entre les Républicains et les Démocrates. Puis, l’Eglise
triomphe avec la loi Falloux de 1850 : non seulement l’Eglise obtient
entière liberté dans le secondaire et le primaire pour ses
écoles, mais elle domine l’enseignement public en pénétrant
au conseil supérieur et aux conseils académiques. Jamais,
même sous la Restauration, elle n’avait obtenu de pareils
avantages. h. Le Second Empire
Le Second Empire évolua dans un sens libéral à partir
de 1859. Un ministre, sorti des rangs de l’Université, allait
faire réaliser de grands progrès à l’enseignement
public : Victor Duruy. Il se heurta à l’opposition de l’Eglise
et dut démissionner. Mais il avait eu le temps d’élargir
la gratuité pour les indigents, de créer le certificat d’études
et d’établir l’obligation pour toute commune de 500
habitants d’ouvrir une école de filles. i. La Troisième République et les
lois de 1881 et de 1882
C’est à la fin du Second Empire et au début de la
Troisième République que nous voyons une action plus nette
de l’opinion publique se manifester pour le développement
de l’instruction du peuple. Les républicains l’emportent
après le 16 mai et la République est à eux en 1879.
Ils vont avec Jules Ferry, faire triompher l’idéal des révolutionnaires
de la Première République et des républicains de
la Seconde. Jules Ferry accepte le principe de la liberté de l’enseignement.
Mais il entend que l’enseignement soit dégagé de l’emprise
religieuse et que l’Etat soit maître chez lui. L’enseignement
primaire devient gratuit car « il faut mêler tous les enfants
sur les bancs de l’école », obligatoire car le droit
de l’enfant à l’instruction prime sur le droit des
parents et laïque car la neutralité respecte la liberté
de conscience de l’élève comme celle du maître.
Dans l’enseignement secondaire, il a crée les lycées
de jeunes filles et l’école de Sèvres.
Avec lui triomphe vraiment l’idéal démocratique de
l’Education Nationale, celui de Condorcet, et l’idée
de la mission de l’Etat dans l’enseignement. j. de 1885 à 1914
L’Etat républicain devait élargir encore son rôle,
développer les écoles, dont le personnel devenait exclusivement
laïc, et accorder l’autonomie aux universités. La lutte
contre les congrégations, mêlée avec l’affaire
Dreyfus, devait amener l’interdiction d’enseigner aux religieux,
et le vote de la loi de séparation des Eglises de l’Etat
(loi de 1905). En 1914 l’enseignement confessionnel est complètement
indépendant, car l’Etat n’y exerce aucun contrôle
sur les matières enseignées. Dans les écoles publiques,
la neutralité est totale ; le jeudi libre permet l’instruction
religieuse au gré des parents. Il semblait que la France était
parvenue, après tant d’efforts et de luttes ardentes, à
une solution acceptable pour tous, et définitive. k. Après la première guerre mondiale
La Troisième République maintint le système crée,
mais laissa subsister en Alsace-Lorraine le statut concordataire et fit
bénéficier l’Eglise d’une tolérance qui
lui permit d’obtenir, à la faveur de la loi Astier de 1919,
des subventions pour les écoles privées. La gratuité
fut établie dans le secondaire après 1930. Et un grand ministre
Jean Zay, fit en 1936, porter son effort sur l’unification de l’enseignement
: désormais, le « premier degré », prolongé
jusqu’à l’âge de 14 ans, fut lié au second
degré et au supérieur. L’accès des meilleurs
élèves à un niveau d’instruction plus élevé
fut ainsi facilité. C’était un nouveau progrès
de la conception démocratique et le rôle de l’Etat
s’élargissait également.
A la fin de la guerre 1939-1945, le monde professoral était déjà
agité dans les lycées par les projets d’unification
qui s’esquissaient après les réflexions d’une
commission tenue à Alger à la fin de la guerre.
Bien sûr il n’était pas là question de collège
unique, mais d’unifier les enseignements des 6e et 5e des lycées
classiques et modernes et des écoles primaires supérieures.
En fait il était surtout question de changer la pédagogie
dans les perspectives ouvertes par les méthodes actives.
Parallèlement fut mise en place à la même époque
une commission d’étude d’une réforme plus générale
: la commission Langevin-Wallon.
Cette commission, qui siégea pendant trois ans, rendit son rapport
en 1947. Il devint célèbre et déchaîna véritablement
les passions. En effet pour la première fois on souleva la question
des savoirs et des méthodes d’enseignement, et ce, au nom
d’une démocratisation réelle de l’école
et de son unification démocratique.
Ainsi pour la commission Langevin-Wallon, l’enseignement devait
« se démocratiser moins par une sélection qui éloigne
du peuple les plus doués que par une élévation continue
du niveau culturel de l’ensemble de la Nation. L’introduction
de « la justice à l’école » par la démocratisation
de l’enseignement mettra chacun à la place que lui assignent
ses aptitudes… ».
Pour ce faire le « Plan Langevin-Wallon » proposait à
la fois d’allonger la scolarité obligatoire et d’instaurer
pour tous un tronc commun de formation obligatoire sans filières.
Toutefois la IVème République et plus précisément
le gouvernement de Vincent Auriol, ne mettra jamais ce plan en application,
il apparaissait comme beaucoup trop utopique.
Il n’en demeurera pas moins un plan mythique qui, comme le souligne
Antoine Prost dans Education, société et politique, «
associe étroitement dans la volonté de démocratisation,
la réforme des structures et les pédagogies nouvelles ».
2. Les politiques éducatives de 1960 à
1980
a. La politique gaullienne d’éducation
Les principales réformes qui ont donné à notre système
éducatif sa morphologie actuelle datent des années soixante.
De Gaulle accordait une importance capitale à sa politique d’éducation,
politique qui peut d’ailleurs se résumer en un principe central
: recruter les élites sur une base démocratique.
La liste des mesures qui jalonnent la période est conséquente
:
- Réforme Berthoin, 6 janvier 1959 : prolongation
de la scolarité obligatoire (jusqu’à 16 ans) et création
du cycle d’observation.
- Réforme Fouchet-Capelle, 3 août 1963 : création
des collèges d’enseignement secondaire (CES), à coté
des collèges d’enseignement général (CEG) et
report à la fin de la troisième des orientations décisives.
- 10 juin 1965 : redéfinition des filières de second cycle
et création des baccalauréats de technicien.
- 7 janvier 1966 : création des IUT (Instituts Universitaires de
Technologie).
- 22 juin 1966 : réorganisation des études universitaires
en trois cycles.
Nous ne nous attarderons toutefois que sur certaines
de ses mesures.
1. La réforme Berthoin
Comme nous venons de le souligner, le début des années soixante,
avec l’arrivée de De Gaulle au pouvoir, marque un tournant
de notre histoire scolaire.
En effet pour répondre notamment aux nouveaux besoins liés
à la croissance (entre 1956 et 1961, 51000 ingénieurs ou
scientifiques sont nécessaires mais on ne prévoyait que
24000 diplômés de l’enseignement), le gouvernement
gaulliste mène une politique de modernisation et de démocratisation
du système éducatif.
Cette politique volontariste se justifie également par une phase
de croissance massive de la demande sociale : en effet les débuts
de la prospérité incitent les parents à prolonger
les études de leurs enfants.
Ainsi Jean Berthoin, ministre de l’éducation de l’époque,
prolonge par l’ordonnance n°59-45 du 6 janvier 1959 la scolarité
obligatoire de 14 à 16 ans et réforme par un décret
du même jour (n°59-57) l’organisation du système
éducatif.
Les centres d’apprentissage deviennent des collèges d’enseignement
technique (CET) et les cours complémentaires de l’enseignement
primaire supérieur se transforment en collège d’enseignement
général (CEG).
De plus un cycle d’observation de deux ans (6e-5e) commun à
toutes les sections est mis en place dans le but d’orienter les
élèves à la fin de ce cycle vers l’enseignement
qui leur convienne le mieux selon leur mérite et non selon leur
origine sociale.
A partir de ce moment les effectifs du premier cycle progressent rapidement.
Ainsi dans les CEG, on passe de 474500 élèves en 1959-1960
à 789300 en 1963-1964.
A noter également que 1959 est l’année
qui voit l’adoption de la loi Debré (31 décembre 1959).
En effet il s’agit là de la première loi qui crée
les contrats d’association et les contrats simples entre les établissements
privés et l’Etat (les écoles privées remplissent
donc une fonction de service public, bénéficient de fonds
publics, mais conservent leur caractère propre).
2. La réforme Fouchet-Capelle
La réforme Berthoin de 1959 échoue sur un point essentiel
: l’orientation. En effet le cycle d’observation n’entraîne
aucune redistribution en 4e des élèves qui continuent leur
scolarité dans le type d’établissement au sein duquel
ils l’ont commencé.
Ce constat guide en 1963 la réforme du ministre de l’Education
Christian Fouchet et du recteur Capelle.
Par décret (n°63-793) ; les procédures d’observation
et d’orientation sont étendues à toutes les classes
de premier cycle. Les orientations décisives sont ainsi reportées
de deux années, à la fin de la 3e.
D’autre part des collèges d’enseignement secondaire
(CES) sont mis en place (toute nouvelle création d’établissement
de 1er cycle doit d’ailleurs prendre cette forme).
Il est toutefois important de noter que malgré la mise en place,
à partir de 1963, de structures démocratiques, la démocratisation
ne progressait guère. Les déterminismes sociaux étaient
plus forts que la réforme.
Les événements de mai 1968 arrivent comme une véritable
onde de choc dans un paysage politique déjà en perte de
vitesse.
La force du mouvement étudiant français et la véritable
explosion qui s’ensuivit résultèrent de la convergence
d’un conflit de générations et d’une crise universitaire
sans précédent. Dresser un tableau exhaustif de ces manifestations
serait bien sur trop long mais ce qu’il convient d’en retenir
est que 1968 a marqué un véritable tournant dans l’évolution
des mentalités.
Ainsi 1968 ne fait pas naître d’idées nouvelles (sauf
dans les universités) mais pousse à la réalisation
de réformes qui étaient déjà en gestation
(exemple : la mise en place du tiers-temps pédagogique dans les
écoles, la réforme de l’administration des collèges
et lycées avec notamment une restructuration des conseils d’administration…).
La politique gaullienne d’éducation, avec
ses succès et ses échecs, tient donc une place essentielle
dans l’histoire des politiques éducatives françaises.
3 . Les années 1970
De Gaulle cède sa place à Pompidou en 1969 qui lui-même
sera remplacé à sa mort en 1974 par Valéry Giscard
d’Estaing.
Giscard d’Estaing est élu sur un programme qui se veut libéral
et moderniste. Il s’agit de contenter la génération
baby-boom qui aspire à plus de justice sociale : le but affiché
est moins de démocratiser l’école que de démocratiser
la réussite.
Pour ce faire Giscard choisit comme ministre de l’Education Nationale
René Haby, qui n’est pas vraiment un politique mais plutôt
un connaisseur hors pair du système éducatif. Haby va mettre
en place une réforme qui, presque trente ans après, continue
à faire parler beaucoup d’elle et à alimenter les
discussions les plus vives sur l’avenir de l’école.
Il s’agit là de la réforme Haby datant du 11 juillet
1975 qui unifie les structures administratives du premier cycle en supprimant
la distinction CEG/CES. Les filières disparaissent dans le cycle
d’observation, les sections deviennent « indifférenciées
». Le passage devient automatique de l’école au collège.
Le collège unique est crée.
La but de la réforme est de repousser l’orientation à
la fin de la 3e, d’unifier une même classe d’age par
un socle commun de connaissances et d’ouvrir plus largement l’accès
au bac et donc à l’enseignement supérieur. Il faut
toutefois noter qu’il subsiste en fin de 5e une orientation vers
des classes préparatoires au CAP (certificat d’aptitude professionnelle)
pour les élèves qui réussissent mal à l’école.
Cette réforme n’est mise en application qu’à
la rentrée scolaire de septembre 1977 mais on se rend vite compte
que deux problèmes sont restés en suspend : le contenu d’un
socle commun de connaissances n’a pas clairement été
définit, de même que la place du collège unique entre
le primaire et le secondaire.
La réforme Haby est sans conteste la mesure la
plus importante des années 1970 même si d’autres lois
ont été promulguées comme par exemple en 1975 (le
30 juin) la loi d’orientation en faveur des personnes handicapées
ou en 1977 (le 25 novembre) la loi Guermeur qui accordait des avantages
financiers pour les établissements privés.
4 . Les politiques éducatives de 1980 à nos jours
a. Les années 1980
1. La création des ZEP
Les ZEP découlent des années 50-70 avec la réforme
Berthoin (1959) portant la scolarité obligatoire jusqu’à
16 ans et la création du collège d’enseignement secondaire
(CES), ce qui va donner une démocratisation scolaire. Dans les
années 70-80, la réforme Haby (1975) crée le collège
unique. Il rend accessible à la totalité des élèves
d’une même tranche d’âge l’enseignement
secondaire général. Le collège met au devant de la
scène l’échec scolaire mais dans sa dimension sociale.
De plus, le taux de redoublement est important, sur les 87% d’élèves
admis en 6e, 53% seulement poursuivent leur scolarité en lycée.
C’est dans ce contexte de doute que vont apparaître sous l’impulsion
d’Alain Savary en 1982 les zones d’éducation prioritaires
(ZEP) renversant deux tabous solidement ancrés dans notre culture
:
- l’unité et l’uniformité du système
peuvent engendrer l’iniquité et l’injustice
- l’égalitarisme posé comme principe, entretient au
sein même de l’école une inégalité scolaire
et renforce l’inégalité sociale.
Le but des ZEP est de « donner le plus à ceux qui ont moins
», c’est ce qu’on appellera la discrimination positive.
Les critères externes de détermination des zones prioritaires
sont de plusieurs ordres : critères d’ordre social et démographique
(catégorie socioprofessionnelles, chômage, proportion d’étrangers,
familles nombreuses et monoparentales), équipements et services
collectifs (condition d’accès à ces services et taux
de fréquentation), caractéristique de l’habitat, pourcentage
d’élèves non francophones dans l’enseignement
élémentaire, pourcentage d’élèves étrangers,
part de boursiers… Sur cette base de projet, il devra être
défini ce qu’est physiquement une ZEP : « une ZEP est
un ensemble d’écoles et d’établissements d’enseignement
secondaire publics, liés par un projet d’action commun et
accueillant des élèves vivant dans un environnement socio-économique
et culturel défavorisé ». Dès la rentrée
1983, 375 ZEP s’organisent sur le territoire national. Mais très
vite, le « label ZEP » devient gênant, il peut entraîner
une connotation négative, être assimilé à une
zone de violence et accentuer les effets « ghettos ».
Le bilan des ZEP fut contesté, le gouvernement voulait offrir les
mêmes chances et mettre les enfants égaux devant l’éducation
mais dans la lutte contre l’échec scolaire ce n’est
pas une réussite : un élève hors ZEP réussit
mieux qu’en ZEP. La réussite est meilleure dans la dimension
sociale et éducative.
A la rentrée 1990, une nouvelle carte des ZEP est mise en place
: il y en a désormais 544. Puis
en 1998 on assiste à une relance de la politique des ZEP et à
la création de réseaux d’éducation prioritaire
(REP) avec mise en commun de ressources. L’objectif de cette nouvelle
politique est l’accès de tous au savoir, d’assurer
la maîtrise de la langue, d’éduquer l’enfant
à la citoyenneté, d’ouvrir l’école sur
les quartiers et de permettre l’accompagnement des enseignants avec
pilotage… Quelques chiffres :
En 1998 : 563 zones dont 532 en France métropolitaine
6185 établissements classés en ZEP : 724 collèges
106 lycées professionnels
37 lycées généraux et technologiques
5318 écoles primaires soit 1178166 élèves, ce qui
représente 10% de l’ensemble des jeunes scolarisés
en France. L’image des ZEP est négative car depuis
leur création leur nombre a doublé et ce, sans que l’encadrement
n’ait été renforcé.
2. La loi de décentralisation
La loi de décentralisation de 1982-1983 veut établir un
partage des compétences entre l’Etat et les collectivités
territoriales et donner ainsi davantage de liberté et de pouvoir
à l’échelon local. Les collèges et les lycées
deviennent des établissements publics locaux disposant d’une
autonomie pédagogique, éducative, administrative et financière.
Toutefois l’Etat conserve la définition des objectifs nationaux
et des contenus d’enseignements, il garantit également le
caractère national des diplômes, assure le recrutement, la
formation et la gestion des enseignants. Les municipalités, les
conseils généraux (à partir de 1986) et parfois le
ministère de la Jeunesse et des Sports, de la Ville, de la Culture
vont contribuer au financement des ZEP dès la rentrée 1982.
3. Création des baccalauréats professionnels
En 1985, sont crées les baccalauréats professionnels (bac
pro). L’objectif est de conduire 80% d’une classe d’âge
au niveau du bac. Cela va modifier la situation des lycées. JP
Chevènement (ministre de l’Education Nationale de 1984 à
1986) énonce et popularise cet objectif. Il s’appuie sur
des études montrant que le développement économique
allait entraîner en l’an 2000 un déclin massif des
emplois industriels de niveau CAP et une augmentation des emplois plus
qualifiés, or cette évolution n’était pas prise
en compte par le système scolaire. Comme il s’agissait d’adapter
la filière à l’emploi, il créa une filière
nouvelle, cohérente à l’objectif économique
: le bac pro. Ainsi aux baccalauréats généraux et
technologiques, la loi de revalorisation de l’enseignement technologique
dite loi Carraz, ajoutait en 1985 le bac pro. Mais 80% des bacheliers
ne signifiait pas 80% de bacheliers « classiques ». C’est
pourtant ce qui a été entendu par l’opinion publique.
Les familles ont vu en l’obtention du bac général,
diplôme encore mythique ; un passeport vers la réussite sociale.
A partir de ce moment le flux d’entrée au lycée augmente
et c’est la ruée vers le bac. De 1985 à 1989, les
lycées ont accueilli 320000 élèves supplémentaires
(c’est bien un mouvement social et non un effet démographique).
Dès 1992, plus de la moitié de la classe d’âge
obtiendra un bac général, technologique ou professionnel.
Le gouvernement se fixe donc des objectifs en terme d’éducation
et celle-ci devient l’une des priorités nationale. Le droit
à l’éducation est garanti pour chacun et l’Etat
cherche à se perfectionner pour donner les meilleures formations
possibles. La loi d’orientation de 1989 marque un tournant au niveau
des politiques éducatives et place l’élève
au centre du système éducatif.
4. La loi d’orientation de 1989
Elle affirme donc la place centrale que doit tenir l’élève
au sein du système éducatif et fixe les objectifs de l’Etat
en matière d’enseignement. Elle fixe au système éducatif
une obligation de résultat (donner une formation et une certification
à 100% des jeunes). Il faut 10 ans pour que l’ensemble d’une
classe d’âge acquière un niveau de qualification reconnu,
c’est-à-dire CAP ou BEP minimum ; pour que quatre élèves
sur cinq parviennent jusqu’au niveau du bac (cela confirme bien
l’engagement de conduire 80% d’une classe d’âge
au niveau du bac et y ajoute l’ambition de donner un diplôme,
CAP ou BEP, au 20% qui n’obtiendrait pas ce niveau) ; et enfin 5
ans pour réduire de moitié au moins le nombre de décisions
d’orientation qui ne sont pas acceptées par les élèves
ou les familles : le droit à l’orientation fait parti du
droit à l’éducation, et il y a une mise en œuvre
de l’éducation à l’orientation dans les collèges
et lycées (dès la classe de 5e). En 1998, au bout de neuf
d’application de la loi 70% des élèves atteignent
le niveau du bac au lieu de 51% en 1989 ; 92% arrivent au niveau CAP ou
BEP. « Il ne reste plus » que 8% des jeunes (entre 50000 et
60000) sortant de l’école sans aucune qualification au lieu
de 15% en 1989. Les nouveautés introduites par la loi sont l’organisation
de la scolarité en cycles, les modifications des procédures
d’orientation, la création du conseil des délégués-élèves,
la création des IUFM, l’obligation pour tout établissement
d’élaborer un projet d’établissement, la création
du conseil national des programmes et la création du conseil supérieur
de l’éducation. Mais surtout ce qu’il faut retenir
c’est que « le droit à l’éducation est
garanti à chacun afin de lui permettre de développer sa
personnalité, d’élever son niveau de formation initiale
et continue, de s’insérer dans la vie sociale et professionnelle,
d’exercer sa citoyenneté » (extrait de l’article
1er).
Avec les objectifs de l’Etat en matière d’éducation
la hausse massive des effectifs en collèges, lycées se fait
ressentir. Mais l’enseignement n’est pas forcément
adapté au besoin, c’est pourquoi une rénovation des
collèges et lycées va être mise en place.
b. Les années 1990-2000
1. La rénovation des collèges/lycées
Les lycées entre 1992 et 2001 : le but de la rénovation
est d’adapter le lycée à l’enseignement de masse
et de remédier aux difficultés rencontrées. Cette
rénovation porte sur trois domaines : - les structures, par les
réorganisations des parcours et la diversification des bacs,
- les contenus et la rénovation des programmes,
- la pédagogie, avec la création de modules favorisant l’acquisition
des méthodes de travail.
Les trois grandes voies de formation (générale, technique
et professionnelle) sont organisées en deux cycles : détermination
et terminal. Au sein de chacune des voies les horaires sont allégés
mais complétés par un enseignement modulaire.
L’enseignement modulaire : les modules constituent l’innovation
majeure du lycée. Ils répondent à la diversité
des besoins des élèves. Ces modules consistent en un certain
nombre d’heures au cours desquelles les élèves sont
répartis en groupe à effectif restreint afin de trouver
des réponses à leurs problèmes. L’évaluation
nationale des élèves de seconde, instituée en 1992,
permet d’identifier les besoins des élèves et d’en
tenir compte dans la progression pédagogique, dans l’organisation
et le contenu de l’enseignement modulaire. Il y a une véritable
volonté d’adapter l’enseignement à chaque élève
pour lui permettre de développer au mieux ses capacités
et ses aptitudes.
L’aide individualisée fait quant à elle, suite aux
manifestations de 1998. En seconde on voit l’instauration d’un
enseignement modulaire adapté en français, maths, langue
vivante 1 ou option obligatoire pour tous les élèves. C’est
une réelle nouveauté qui concerne les élèves
en difficulté pour lesquels deux heures hebdomadaires sont dispensées
en petits groupes d’une dizaine.
Les collèges de 1984 à 2001 : en 1981, la réforme
Savary essaie de combler les inégalités scolaires des élèves
instaurées par le collège unique. Cette réforme consiste
en une instauration d’un tutorat des élèves, d’un
travail en équipe des enseignants, d’une mise en place de
projet pédagogique et d’un rééquilibrage des
horaires et des activités.
En 1993, François Bayrou veut définir « un nouveau
contrat pour l’Ecole ». Pour améliorer le collège,
le ministre a supprimé le collège organisé en deux
cycles (cycle d’observation et d’orientation) pour le remplacer
par un collège en trois cycles. Le cycle d’adaptation a pour
objectif d’affermir les acquis fondamentaux de l’école
élémentaire et d’initier les élèves
aux disciplines et méthodes propres à l’enseignement
secondaire. Il est constitué par le niveau 6e. Le cycle central
permet aux élèves d’approfondir et d’élargir
leur savoir et savoir-faire, cela correspond à la 5e et 4e. Le
cycle d’orientation se compose exclusivement de la 3e. De plus le
parcours diversifié est mis en place : il s’agit d’organiser
des enseignements à effectifs allégés en s’appuyant
sur les centres d’intérêts et les besoins des élèves.Et
enfin on met en place une prise en charge des élèves en
difficulté afin de tous les accueillir et de les aider pour qu’ils
accèdent à la classe de 3e : mise en place des SEGPA (Section
d’Enseignement Général et Professionnel Adapté).
La circulaire pour la rentrée 2001 met l’accent sur la priorité
du gouvernement : il s’agit d’apporter une réponse
plus efficace aux élèves en difficulté et d’individualiser
les régions pour les élèves en rupture.
Le grand débat sur l’école qui s’est ouvert
à la rentrée 2003 et le projet de modifier la loi d’orientation
de 1989 montre bien que l’Etat se sent impliqué dans les
politiques éducatives et se fixe de nombreux objectifs. C’est
pour l’Etat un devoir d’assurer à chaque citoyen une
formation convenable. Avec les problèmes de violence que connaît
l’école, la laïcité remise en question ou le
problème de ghettoïsation des ZEP, l’école change
de visage et doit s’adapter aux maux de son temps. La mise en échec
du collège unique par certains met en avant l’échec
scolaire et la grande diversité des élèves. L’école
doit faire face à ces problèmes et adopter ses politiques
éducatives afin que tout le monde puisse accéder au savoir
dans les meilleures conditions.
Quelques éléments de bibliographie…
Jules Ferry, La République éducatrice, Claude Lelièvre,
Hachette Education, 1999.
Histoire des institutions scolaires (depuis 1789), Claude
Lelièvre, Nathan, 1991.
L’école des présidents : de Charles
De Gaulle à F. Mittérand, Claude Lelièvre et Christian
Nique, Edition Odile Jacob, 1995.
L’ABCdaire de l’Ecole de la France, Flammarion,
ANCR, 1999.
L’Education Nationale, Jean-Louis Crémieux-Brilhac.
L’Ecole et la société française,
Béatrice Compagnon et Anne Thevenin, Editions Complexe, 1999.
Education, société et politiques (une histoire
de l’enseignement de 1945 à nos jours), Antoine Prost, Seuil,
Paris, 1997.
Histoire de l’enseignement en France 1800-1967,
Antoine Prost, Armand Colin, Paris, 1986.
Les ZEP entre écoles et sociétés,
Patrick Bouveau et Jean-Yves Rochex, 1997.
L’école unique de 1914 à nos jours,
Jean-Michel Barreau, Jean-François Garcia et Louis Legrand, PUF,
1998
Le monde de l’éducation, thème :
le collège unique, février 2003 n°311, p.26 à
40.
Le monde de l’éducation, thème : les ZEP, avril 2003
n°313, p.28 à 43.
Isabelle Couchot
Pierre Gerson
Pauline Mattely
Christelle Tessier
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