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Les politiques éducatives


C’est vraiment la Révolution française, héritière de la pensée philosophique du XVIIIe siècle, qui a donné pour mission à l’Etat de répandre l’instruction et qui a posé les principes fondamentaux de celle-ci. Et depuis 1789, tous les gouvernements ont considéré qu’ils devaient s’occuper de l’enseignement.
Mais la France a connu depuis la Révolution dix régimes et une quinzaine de constitutions. Sans cesse, l’enseignement a été modifié dans son organisation, son esprit, ses méthodes et le rôle de l’Etat a compris de façons diverses.
Ainsi nous allons étudier l’évolution des politiques éducatives en partant de la Révolution à nos jours.


1. L’empreinte du passé (1789-1950)

a. L’Ancien Régime
L’Ancien régime, étroitement lié à l’Eglise, lui confiait presque totalement l’éducation. Il existait quelques institutions privées, et l’Etat avait crée des Etablissements d’enseignement supérieur (comme le Collège de France) et surtout des écoles spéciales pour la formation d’officiers et d’ingénieurs, comme l’Ecole Militaire et l’Ecole des Ponts et Chaussées.

b. Les philosophes des lumières
L’opinion évolue au XVIIIe siècle : l’intérêt pour l’instruction grandit. Les philosophes étudient les problèmes qu’elle pose et les ouvrages sur la question se multiplient depuis Locke et Fénelon. Diderot, Rousseau, Le Chalotais, Roland d’Erceville, Condillac et Turgot publient des plans d’éducation. Le grand succès va à l’Emile de Rousseau. L’idée que l’éducation doit être affaire d’Etat, qu’elle doit être répandue et modernisée s’exprime partout. L’Eglise y est souvent attaquée car elle détient écoles et collèges et défend les traditions. On réclame des écoles plus nombreuses, un enseignement plus large et une place aux sciences et à la langue nationale.

c. La Révolution
La Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 ne pose pas le principe du droit à l’instruction, ce qui surprend. Mais, quand on rédige la constitution de 1791, on y inscrit à l’article 21 : « il sera crée et organisé une instruction publique commune à tous les citoyens, gratuite à l’égard des parties d’enseignement indispensables à tous les hommes (…) ».
Ainsi les assemblées révolutionnaires ne cessèrent de se pencher sur cette question et entendirent lecture de nombreux rapports.

1. Talleyrand
La Constituante, à la fin de son existence, écouta celui de Talleyrand. Prônant la liberté de l’enseignement, Talleyrand affirme la nécessité d’organiser des écoles primaires gratuites mais il n’en propose qu’une par canton, ne prévoit pas d’obligation et veut enseigner les « principes de la religion ». Aucune suite ne fut donnée au sujet.

2. Condorcet
La législative chargea Condorcet, le dernier grand représentant de la philosophie des Lumières, d’un nouveau rapport sur l’éducation. Condorcet admet la liberté de l’enseignement, mais confie à l’Etat une tâche beaucoup plus vaste et une véritable mission, à la fois éducative et politique.
Condorcet voyait grand : une école accueillant les filles comme les garçons. Cette école, il la voulait gratuite, mais ne rendait pas la fréquentation obligatoire, par respect de la liberté.
Il propose une architecture à cinq niveaux : le primaire, le collège, les instituts (un par département, équivalent du lycée), les lycées (neuf pour la France entière, équivalent de l’université), la société nationale des sciences et des arts (sorte d’Académie ou d’Institut, chargée en outre de superviser l’ensemble). Des bourses devaient permettre aux meilleurs élèves du primaire de poursuivre leurs études. L’enseignement était résolument moderne : le français et les sciences y tenaient la première place. L’instruction civique jouait un rôle important.
Le large rapport sera le modèle de tous les travaux postérieurs. Personne n’a mieux exprimé que Condorcet, en matière d’enseignement, les grandes idées de la Révolution qui vont nourrir la pensée et le combat des Républicains pour l’éducation nationale jusqu’à nos jours. Mais par suite des luttes de partis et surtout de l’état de guerre extérieur et intérieur et de la détresse financière, la Convention avait discuté, puis écarté le projet du girondin Condorcet.
Puis, Robespierre soutint le plan de Le Pelletier qui, s’inspirant de Sparte, confiait à l’Etat le soin d’élever en commun tous les enfants de cinq à douze ans. Il fut abandonné. Après tant de rapports, de discussions et de débats, on aboutit à la fin de 1793 et à la première loi scolaire française : le décret du 29 primaire an II ; il ne concernait que le primaire. Les instituteurs devaient être fidèles aux idées de la Révolution. Le décret ne prévoyait que trois années d’études, mais posait pour la première fois le principe de l’obligation. Les circonstances ne permirent pas à cette première loi de porter ses fruits. D’autres lois ont suivi mais la première fit disparaître la gratuité et l’autre l’obligation scolaire. L’échec de la Révolution pour l’enseignement primaire était donc profond. Rappelons d’autre part les nombreuses créations de la Révolution dans le supérieur : Conservatoire des Arts et Métiers, Muséum, écoles de médecine, écoles de travaux publics (plus tard Polytechnique), école normale supérieure…
En conclusion, si la Révolution a, en grande partie, échoué dans son œuvre, elle a ouvert l’avenir en posant les principes qui seront à la base de notre organisation scolaire : il faut un peuple de citoyens instruits.

d. Napoléon
C’est une conception opposée à celle de la Révolution que va essayer d’imposer Napoléon Ier : il veut organiser l’enseignement, mais pour mieux asseoir son régime autoritaire. Il fonde, sous le Consulat, les lycées (imposant une discipline rigide) qui doivent lui fournir les cadres de son Etat : officiers et fonctionnaires. Il se désintéresse du primaire, abandonné aux communes et aux frères des écoles chrétiennes. Nous sommes à l’extrême opposé de l’idéal démocratique. Il se défit de l’enseignement supérieur : il ne veut ni d’esprits critiques ni d’ « idéologues » et écarte l’histoire et la philosophie, matières dangereuses : c’est la loi Fourcroy du 1er mai 1802 (11 floréal an X). Et sous l’Empire, Napoléon crée l’Université qui aura le monopole de l’enseignement : « Aucune école, aucun établissement d’enseignement ne peut être formé hors de l’Université Impériale » mais le monopole n’est pas vraiment réalisé.
Napoléon a donc lui aussi échoué, en partie, dans sa tentative d’unifier l’enseignement sous l’autorité de l’Etat. Mais il a bâti un édifice universitaire (le secondaire) qui lui a survécu. Il a donné à l’éducation sa structure d’ensemble, sa hiérarchie de fonctionnaires (grand maître, inspecteurs généraux, inspecteurs d’académies, recteurs…) et un système d’autorité bien commode aux yeux d’autres régimes, même républicains.


e. La Restauration
La Restauration garda finalement l’Université napoléonienne, mais chercha à la soumettre entièrement à l’Eglise tout en accordant à celle-ci le maximum d’avantages pour son propre enseignement.

f. La monarchie de juillet
Pendant cette période, l’évolution de l’opinion en faveur de l’instruction primaire amena un homme comme Guizot à faire voter la loi de 1833. Guizot croit que l’Etat doit développer l’instruction du peuple, il pense d’ailleurs consolider ainsi la monarchie censitaire. Mais il veut aussi associer l’Eglise à l’Etat dans cette œuvre : chaque commune de plus de 500 habitants doit ouvrir une école pour les garçons, qui peut être confessionnelle, et les instituteurs laïques sont placés sous le contrôle du maire et du curé. Sans établir ni gratuité (sauf pour les indigents) ni obligation, mesure que Guizot affirmait être irréalisable, elle n’en a pas moins fait faire de nets progrès à l’instruction primaire

g. 1848 et la loi Falloux
La Révolution de 1848 semblait ouvrir une ère nouvelle et la Constitution de 1848 inscrit dans son article 8 : « la République doit mettre à la portée de chacun l’instruction indispensable à tous les hommes » et Hippolyte Carnot, ministre de l’Instruction Publique, avait déposé un projet de loi qui voulait établir la gratuité et l’obligation dans le primaire et s’appuyer sur les instituteurs pour éduquer le peuple et l’attacher à la République. Mais ce projet ne peut bénéficier d’un climat consensuel car les journées ouvrières de juin 1848 entraînent une violente réaction et une fracture entre les Républicains et les Démocrates. Puis, l’Eglise triomphe avec la loi Falloux de 1850 : non seulement l’Eglise obtient entière liberté dans le secondaire et le primaire pour ses écoles, mais elle domine l’enseignement public en pénétrant au conseil supérieur et aux conseils académiques. Jamais, même sous la Restauration, elle n’avait obtenu de pareils avantages.

h. Le Second Empire
Le Second Empire évolua dans un sens libéral à partir de 1859. Un ministre, sorti des rangs de l’Université, allait faire réaliser de grands progrès à l’enseignement public : Victor Duruy. Il se heurta à l’opposition de l’Eglise et dut démissionner. Mais il avait eu le temps d’élargir la gratuité pour les indigents, de créer le certificat d’études et d’établir l’obligation pour toute commune de 500 habitants d’ouvrir une école de filles.

i. La Troisième République et les lois de 1881 et de 1882
C’est à la fin du Second Empire et au début de la Troisième République que nous voyons une action plus nette de l’opinion publique se manifester pour le développement de l’instruction du peuple. Les républicains l’emportent après le 16 mai et la République est à eux en 1879. Ils vont avec Jules Ferry, faire triompher l’idéal des révolutionnaires de la Première République et des républicains de la Seconde. Jules Ferry accepte le principe de la liberté de l’enseignement. Mais il entend que l’enseignement soit dégagé de l’emprise religieuse et que l’Etat soit maître chez lui. L’enseignement primaire devient gratuit car « il faut mêler tous les enfants sur les bancs de l’école », obligatoire car le droit de l’enfant à l’instruction prime sur le droit des parents et laïque car la neutralité respecte la liberté de conscience de l’élève comme celle du maître. Dans l’enseignement secondaire, il a crée les lycées de jeunes filles et l’école de Sèvres.
Avec lui triomphe vraiment l’idéal démocratique de l’Education Nationale, celui de Condorcet, et l’idée de la mission de l’Etat dans l’enseignement.

j. de 1885 à 1914
L’Etat républicain devait élargir encore son rôle, développer les écoles, dont le personnel devenait exclusivement laïc, et accorder l’autonomie aux universités. La lutte contre les congrégations, mêlée avec l’affaire Dreyfus, devait amener l’interdiction d’enseigner aux religieux, et le vote de la loi de séparation des Eglises de l’Etat (loi de 1905). En 1914 l’enseignement confessionnel est complètement indépendant, car l’Etat n’y exerce aucun contrôle sur les matières enseignées. Dans les écoles publiques, la neutralité est totale ; le jeudi libre permet l’instruction religieuse au gré des parents. Il semblait que la France était parvenue, après tant d’efforts et de luttes ardentes, à une solution acceptable pour tous, et définitive.

k. Après la première guerre mondiale
La Troisième République maintint le système crée, mais laissa subsister en Alsace-Lorraine le statut concordataire et fit bénéficier l’Eglise d’une tolérance qui lui permit d’obtenir, à la faveur de la loi Astier de 1919, des subventions pour les écoles privées. La gratuité fut établie dans le secondaire après 1930. Et un grand ministre Jean Zay, fit en 1936, porter son effort sur l’unification de l’enseignement : désormais, le « premier degré », prolongé jusqu’à l’âge de 14 ans, fut lié au second degré et au supérieur. L’accès des meilleurs élèves à un niveau d’instruction plus élevé fut ainsi facilité. C’était un nouveau progrès de la conception démocratique et le rôle de l’Etat s’élargissait également.


A la fin de la guerre 1939-1945, le monde professoral était déjà agité dans les lycées par les projets d’unification qui s’esquissaient après les réflexions d’une commission tenue à Alger à la fin de la guerre.
Bien sûr il n’était pas là question de collège unique, mais d’unifier les enseignements des 6e et 5e des lycées classiques et modernes et des écoles primaires supérieures. En fait il était surtout question de changer la pédagogie dans les perspectives ouvertes par les méthodes actives.
Parallèlement fut mise en place à la même époque une commission d’étude d’une réforme plus générale : la commission Langevin-Wallon.
Cette commission, qui siégea pendant trois ans, rendit son rapport en 1947. Il devint célèbre et déchaîna véritablement les passions. En effet pour la première fois on souleva la question des savoirs et des méthodes d’enseignement, et ce, au nom d’une démocratisation réelle de l’école et de son unification démocratique.
Ainsi pour la commission Langevin-Wallon, l’enseignement devait « se démocratiser moins par une sélection qui éloigne du peuple les plus doués que par une élévation continue du niveau culturel de l’ensemble de la Nation. L’introduction de « la justice à l’école » par la démocratisation de l’enseignement mettra chacun à la place que lui assignent ses aptitudes… ».
Pour ce faire le « Plan Langevin-Wallon » proposait à la fois d’allonger la scolarité obligatoire et d’instaurer pour tous un tronc commun de formation obligatoire sans filières.
Toutefois la IVème République et plus précisément le gouvernement de Vincent Auriol, ne mettra jamais ce plan en application, il apparaissait comme beaucoup trop utopique.
Il n’en demeurera pas moins un plan mythique qui, comme le souligne Antoine Prost dans Education, société et politique, « associe étroitement dans la volonté de démocratisation, la réforme des structures et les pédagogies nouvelles ».

2. Les politiques éducatives de 1960 à 1980

a. La politique gaullienne d’éducation
Les principales réformes qui ont donné à notre système éducatif sa morphologie actuelle datent des années soixante.
De Gaulle accordait une importance capitale à sa politique d’éducation, politique qui peut d’ailleurs se résumer en un principe central : recruter les élites sur une base démocratique.
La liste des mesures qui jalonnent la période est conséquente :

- Réforme Berthoin, 6 janvier 1959 : prolongation de la scolarité obligatoire (jusqu’à 16 ans) et création du cycle d’observation.
- Réforme Fouchet-Capelle, 3 août 1963 : création des collèges d’enseignement secondaire (CES), à coté des collèges d’enseignement général (CEG) et report à la fin de la troisième des orientations décisives.
- 10 juin 1965 : redéfinition des filières de second cycle et création des baccalauréats de technicien.
- 7 janvier 1966 : création des IUT (Instituts Universitaires de Technologie).
- 22 juin 1966 : réorganisation des études universitaires en trois cycles.

Nous ne nous attarderons toutefois que sur certaines de ses mesures.

1. La réforme Berthoin
Comme nous venons de le souligner, le début des années soixante, avec l’arrivée de De Gaulle au pouvoir, marque un tournant de notre histoire scolaire.
En effet pour répondre notamment aux nouveaux besoins liés à la croissance (entre 1956 et 1961, 51000 ingénieurs ou scientifiques sont nécessaires mais on ne prévoyait que 24000 diplômés de l’enseignement), le gouvernement gaulliste mène une politique de modernisation et de démocratisation du système éducatif.
Cette politique volontariste se justifie également par une phase de croissance massive de la demande sociale : en effet les débuts de la prospérité incitent les parents à prolonger les études de leurs enfants.
Ainsi Jean Berthoin, ministre de l’éducation de l’époque, prolonge par l’ordonnance n°59-45 du 6 janvier 1959 la scolarité obligatoire de 14 à 16 ans et réforme par un décret du même jour (n°59-57) l’organisation du système éducatif.
Les centres d’apprentissage deviennent des collèges d’enseignement technique (CET) et les cours complémentaires de l’enseignement primaire supérieur se transforment en collège d’enseignement général (CEG).
De plus un cycle d’observation de deux ans (6e-5e) commun à toutes les sections est mis en place dans le but d’orienter les élèves à la fin de ce cycle vers l’enseignement qui leur convienne le mieux selon leur mérite et non selon leur origine sociale.
A partir de ce moment les effectifs du premier cycle progressent rapidement. Ainsi dans les CEG, on passe de 474500 élèves en 1959-1960 à 789300 en 1963-1964.

A noter également que 1959 est l’année qui voit l’adoption de la loi Debré (31 décembre 1959). En effet il s’agit là de la première loi qui crée les contrats d’association et les contrats simples entre les établissements privés et l’Etat (les écoles privées remplissent donc une fonction de service public, bénéficient de fonds publics, mais conservent leur caractère propre).


2. La réforme Fouchet-Capelle
La réforme Berthoin de 1959 échoue sur un point essentiel : l’orientation. En effet le cycle d’observation n’entraîne aucune redistribution en 4e des élèves qui continuent leur scolarité dans le type d’établissement au sein duquel ils l’ont commencé.
Ce constat guide en 1963 la réforme du ministre de l’Education Christian Fouchet et du recteur Capelle.
Par décret (n°63-793) ; les procédures d’observation et d’orientation sont étendues à toutes les classes de premier cycle. Les orientations décisives sont ainsi reportées de deux années, à la fin de la 3e.
D’autre part des collèges d’enseignement secondaire (CES) sont mis en place (toute nouvelle création d’établissement de 1er cycle doit d’ailleurs prendre cette forme).
Il est toutefois important de noter que malgré la mise en place, à partir de 1963, de structures démocratiques, la démocratisation ne progressait guère. Les déterminismes sociaux étaient plus forts que la réforme.


Les événements de mai 1968 arrivent comme une véritable onde de choc dans un paysage politique déjà en perte de vitesse.
La force du mouvement étudiant français et la véritable explosion qui s’ensuivit résultèrent de la convergence d’un conflit de générations et d’une crise universitaire sans précédent. Dresser un tableau exhaustif de ces manifestations serait bien sur trop long mais ce qu’il convient d’en retenir est que 1968 a marqué un véritable tournant dans l’évolution des mentalités.
Ainsi 1968 ne fait pas naître d’idées nouvelles (sauf dans les universités) mais pousse à la réalisation de réformes qui étaient déjà en gestation (exemple : la mise en place du tiers-temps pédagogique dans les écoles, la réforme de l’administration des collèges et lycées avec notamment une restructuration des conseils d’administration…).

La politique gaullienne d’éducation, avec ses succès et ses échecs, tient donc une place essentielle dans l’histoire des politiques éducatives françaises.


3 . Les années 1970
De Gaulle cède sa place à Pompidou en 1969 qui lui-même sera remplacé à sa mort en 1974 par Valéry Giscard d’Estaing.
Giscard d’Estaing est élu sur un programme qui se veut libéral et moderniste. Il s’agit de contenter la génération baby-boom qui aspire à plus de justice sociale : le but affiché est moins de démocratiser l’école que de démocratiser la réussite.
Pour ce faire Giscard choisit comme ministre de l’Education Nationale René Haby, qui n’est pas vraiment un politique mais plutôt un connaisseur hors pair du système éducatif. Haby va mettre en place une réforme qui, presque trente ans après, continue à faire parler beaucoup d’elle et à alimenter les discussions les plus vives sur l’avenir de l’école.
Il s’agit là de la réforme Haby datant du 11 juillet 1975 qui unifie les structures administratives du premier cycle en supprimant la distinction CEG/CES. Les filières disparaissent dans le cycle d’observation, les sections deviennent « indifférenciées ». Le passage devient automatique de l’école au collège. Le collège unique est crée.
La but de la réforme est de repousser l’orientation à la fin de la 3e, d’unifier une même classe d’age par un socle commun de connaissances et d’ouvrir plus largement l’accès au bac et donc à l’enseignement supérieur. Il faut toutefois noter qu’il subsiste en fin de 5e une orientation vers des classes préparatoires au CAP (certificat d’aptitude professionnelle) pour les élèves qui réussissent mal à l’école.
Cette réforme n’est mise en application qu’à la rentrée scolaire de septembre 1977 mais on se rend vite compte que deux problèmes sont restés en suspend : le contenu d’un socle commun de connaissances n’a pas clairement été définit, de même que la place du collège unique entre le primaire et le secondaire.

La réforme Haby est sans conteste la mesure la plus importante des années 1970 même si d’autres lois ont été promulguées comme par exemple en 1975 (le 30 juin) la loi d’orientation en faveur des personnes handicapées ou en 1977 (le 25 novembre) la loi Guermeur qui accordait des avantages financiers pour les établissements privés.


4 . Les politiques éducatives de 1980 à nos jours

a. Les années 1980

1. La création des ZEP
Les ZEP découlent des années 50-70 avec la réforme Berthoin (1959) portant la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans et la création du collège d’enseignement secondaire (CES), ce qui va donner une démocratisation scolaire. Dans les années 70-80, la réforme Haby (1975) crée le collège unique. Il rend accessible à la totalité des élèves d’une même tranche d’âge l’enseignement secondaire général. Le collège met au devant de la scène l’échec scolaire mais dans sa dimension sociale. De plus, le taux de redoublement est important, sur les 87% d’élèves admis en 6e, 53% seulement poursuivent leur scolarité en lycée. C’est dans ce contexte de doute que vont apparaître sous l’impulsion d’Alain Savary en 1982 les zones d’éducation prioritaires (ZEP) renversant deux tabous solidement ancrés dans notre culture :
- l’unité et l’uniformité du système peuvent engendrer l’iniquité et l’injustice
- l’égalitarisme posé comme principe, entretient au sein même de l’école une inégalité scolaire et renforce l’inégalité sociale.
Le but des ZEP est de « donner le plus à ceux qui ont moins », c’est ce qu’on appellera la discrimination positive. Les critères externes de détermination des zones prioritaires sont de plusieurs ordres : critères d’ordre social et démographique (catégorie socioprofessionnelles, chômage, proportion d’étrangers, familles nombreuses et monoparentales), équipements et services collectifs (condition d’accès à ces services et taux de fréquentation), caractéristique de l’habitat, pourcentage d’élèves non francophones dans l’enseignement élémentaire, pourcentage d’élèves étrangers, part de boursiers… Sur cette base de projet, il devra être défini ce qu’est physiquement une ZEP : « une ZEP est un ensemble d’écoles et d’établissements d’enseignement secondaire publics, liés par un projet d’action commun et accueillant des élèves vivant dans un environnement socio-économique et culturel défavorisé ». Dès la rentrée 1983, 375 ZEP s’organisent sur le territoire national. Mais très vite, le « label ZEP » devient gênant, il peut entraîner une connotation négative, être assimilé à une zone de violence et accentuer les effets « ghettos ».
Le bilan des ZEP fut contesté, le gouvernement voulait offrir les mêmes chances et mettre les enfants égaux devant l’éducation mais dans la lutte contre l’échec scolaire ce n’est pas une réussite : un élève hors ZEP réussit mieux qu’en ZEP. La réussite est meilleure dans la dimension sociale et éducative.
A la rentrée 1990, une nouvelle carte des ZEP est mise en place : il y en a désormais 544. Puis
en 1998 on assiste à une relance de la politique des ZEP et à la création de réseaux d’éducation prioritaire (REP) avec mise en commun de ressources. L’objectif de cette nouvelle politique est l’accès de tous au savoir, d’assurer la maîtrise de la langue, d’éduquer l’enfant à la citoyenneté, d’ouvrir l’école sur les quartiers et de permettre l’accompagnement des enseignants avec pilotage…

Quelques chiffres :
En 1998 : 563 zones dont 532 en France métropolitaine
6185 établissements classés en ZEP : 724 collèges
106 lycées professionnels
37 lycées généraux et technologiques
5318 écoles primaires soit 1178166 élèves, ce qui représente 10% de l’ensemble des jeunes scolarisés en France.

L’image des ZEP est négative car depuis leur création leur nombre a doublé et ce, sans que l’encadrement n’ait été renforcé.


2. La loi de décentralisation
La loi de décentralisation de 1982-1983 veut établir un partage des compétences entre l’Etat et les collectivités territoriales et donner ainsi davantage de liberté et de pouvoir à l’échelon local. Les collèges et les lycées deviennent des établissements publics locaux disposant d’une autonomie pédagogique, éducative, administrative et financière. Toutefois l’Etat conserve la définition des objectifs nationaux et des contenus d’enseignements, il garantit également le caractère national des diplômes, assure le recrutement, la formation et la gestion des enseignants. Les municipalités, les conseils généraux (à partir de 1986) et parfois le ministère de la Jeunesse et des Sports, de la Ville, de la Culture vont contribuer au financement des ZEP dès la rentrée 1982.


3. Création des baccalauréats professionnels
En 1985, sont crées les baccalauréats professionnels (bac pro). L’objectif est de conduire 80% d’une classe d’âge au niveau du bac. Cela va modifier la situation des lycées. JP Chevènement (ministre de l’Education Nationale de 1984 à 1986) énonce et popularise cet objectif. Il s’appuie sur des études montrant que le développement économique allait entraîner en l’an 2000 un déclin massif des emplois industriels de niveau CAP et une augmentation des emplois plus qualifiés, or cette évolution n’était pas prise en compte par le système scolaire. Comme il s’agissait d’adapter la filière à l’emploi, il créa une filière nouvelle, cohérente à l’objectif économique : le bac pro. Ainsi aux baccalauréats généraux et technologiques, la loi de revalorisation de l’enseignement technologique dite loi Carraz, ajoutait en 1985 le bac pro. Mais 80% des bacheliers ne signifiait pas 80% de bacheliers « classiques ». C’est pourtant ce qui a été entendu par l’opinion publique. Les familles ont vu en l’obtention du bac général, diplôme encore mythique ; un passeport vers la réussite sociale. A partir de ce moment le flux d’entrée au lycée augmente et c’est la ruée vers le bac. De 1985 à 1989, les lycées ont accueilli 320000 élèves supplémentaires (c’est bien un mouvement social et non un effet démographique). Dès 1992, plus de la moitié de la classe d’âge obtiendra un bac général, technologique ou professionnel.
Le gouvernement se fixe donc des objectifs en terme d’éducation et celle-ci devient l’une des priorités nationale. Le droit à l’éducation est garanti pour chacun et l’Etat cherche à se perfectionner pour donner les meilleures formations possibles. La loi d’orientation de 1989 marque un tournant au niveau des politiques éducatives et place l’élève au centre du système éducatif.

4. La loi d’orientation de 1989
Elle affirme donc la place centrale que doit tenir l’élève au sein du système éducatif et fixe les objectifs de l’Etat en matière d’enseignement. Elle fixe au système éducatif une obligation de résultat (donner une formation et une certification à 100% des jeunes). Il faut 10 ans pour que l’ensemble d’une classe d’âge acquière un niveau de qualification reconnu, c’est-à-dire CAP ou BEP minimum ; pour que quatre élèves sur cinq parviennent jusqu’au niveau du bac (cela confirme bien l’engagement de conduire 80% d’une classe d’âge au niveau du bac et y ajoute l’ambition de donner un diplôme, CAP ou BEP, au 20% qui n’obtiendrait pas ce niveau) ; et enfin 5 ans pour réduire de moitié au moins le nombre de décisions d’orientation qui ne sont pas acceptées par les élèves ou les familles : le droit à l’orientation fait parti du droit à l’éducation, et il y a une mise en œuvre de l’éducation à l’orientation dans les collèges et lycées (dès la classe de 5e). En 1998, au bout de neuf d’application de la loi 70% des élèves atteignent le niveau du bac au lieu de 51% en 1989 ; 92% arrivent au niveau CAP ou BEP. « Il ne reste plus » que 8% des jeunes (entre 50000 et 60000) sortant de l’école sans aucune qualification au lieu de 15% en 1989. Les nouveautés introduites par la loi sont l’organisation de la scolarité en cycles, les modifications des procédures d’orientation, la création du conseil des délégués-élèves, la création des IUFM, l’obligation pour tout établissement d’élaborer un projet d’établissement, la création du conseil national des programmes et la création du conseil supérieur de l’éducation. Mais surtout ce qu’il faut retenir c’est que « le droit à l’éducation est garanti à chacun afin de lui permettre de développer sa personnalité, d’élever son niveau de formation initiale et continue, de s’insérer dans la vie sociale et professionnelle, d’exercer sa citoyenneté » (extrait de l’article 1er).
Avec les objectifs de l’Etat en matière d’éducation la hausse massive des effectifs en collèges, lycées se fait ressentir. Mais l’enseignement n’est pas forcément adapté au besoin, c’est pourquoi une rénovation des collèges et lycées va être mise en place.


b. Les années 1990-2000

1. La rénovation des collèges/lycées
Les lycées entre 1992 et 2001 : le but de la rénovation est d’adapter le lycée à l’enseignement de masse et de remédier aux difficultés rencontrées. Cette rénovation porte sur trois domaines : - les structures, par les réorganisations des parcours et la diversification des bacs,
- les contenus et la rénovation des programmes,
- la pédagogie, avec la création de modules favorisant l’acquisition des méthodes de travail.
Les trois grandes voies de formation (générale, technique et professionnelle) sont organisées en deux cycles : détermination et terminal. Au sein de chacune des voies les horaires sont allégés mais complétés par un enseignement modulaire.
L’enseignement modulaire : les modules constituent l’innovation majeure du lycée. Ils répondent à la diversité des besoins des élèves. Ces modules consistent en un certain nombre d’heures au cours desquelles les élèves sont répartis en groupe à effectif restreint afin de trouver des réponses à leurs problèmes. L’évaluation nationale des élèves de seconde, instituée en 1992, permet d’identifier les besoins des élèves et d’en tenir compte dans la progression pédagogique, dans l’organisation et le contenu de l’enseignement modulaire. Il y a une véritable volonté d’adapter l’enseignement à chaque élève pour lui permettre de développer au mieux ses capacités et ses aptitudes.
L’aide individualisée fait quant à elle, suite aux manifestations de 1998. En seconde on voit l’instauration d’un enseignement modulaire adapté en français, maths, langue vivante 1 ou option obligatoire pour tous les élèves. C’est une réelle nouveauté qui concerne les élèves en difficulté pour lesquels deux heures hebdomadaires sont dispensées en petits groupes d’une dizaine.
Les collèges de 1984 à 2001 : en 1981, la réforme Savary essaie de combler les inégalités scolaires des élèves instaurées par le collège unique. Cette réforme consiste en une instauration d’un tutorat des élèves, d’un travail en équipe des enseignants, d’une mise en place de projet pédagogique et d’un rééquilibrage des horaires et des activités.
En 1993, François Bayrou veut définir « un nouveau contrat pour l’Ecole ». Pour améliorer le collège, le ministre a supprimé le collège organisé en deux cycles (cycle d’observation et d’orientation) pour le remplacer par un collège en trois cycles. Le cycle d’adaptation a pour objectif d’affermir les acquis fondamentaux de l’école élémentaire et d’initier les élèves aux disciplines et méthodes propres à l’enseignement secondaire. Il est constitué par le niveau 6e. Le cycle central permet aux élèves d’approfondir et d’élargir leur savoir et savoir-faire, cela correspond à la 5e et 4e. Le cycle d’orientation se compose exclusivement de la 3e. De plus le parcours diversifié est mis en place : il s’agit d’organiser des enseignements à effectifs allégés en s’appuyant sur les centres d’intérêts et les besoins des élèves.Et enfin on met en place une prise en charge des élèves en difficulté afin de tous les accueillir et de les aider pour qu’ils accèdent à la classe de 3e : mise en place des SEGPA (Section d’Enseignement Général et Professionnel Adapté).
La circulaire pour la rentrée 2001 met l’accent sur la priorité du gouvernement : il s’agit d’apporter une réponse plus efficace aux élèves en difficulté et d’individualiser les régions pour les élèves en rupture.


Le grand débat sur l’école qui s’est ouvert à la rentrée 2003 et le projet de modifier la loi d’orientation de 1989 montre bien que l’Etat se sent impliqué dans les politiques éducatives et se fixe de nombreux objectifs. C’est pour l’Etat un devoir d’assurer à chaque citoyen une formation convenable. Avec les problèmes de violence que connaît l’école, la laïcité remise en question ou le problème de ghettoïsation des ZEP, l’école change de visage et doit s’adapter aux maux de son temps. La mise en échec du collège unique par certains met en avant l’échec scolaire et la grande diversité des élèves. L’école doit faire face à ces problèmes et adopter ses politiques éducatives afin que tout le monde puisse accéder au savoir dans les meilleures conditions.

Quelques éléments de bibliographie…


Jules Ferry, La République éducatrice, Claude Lelièvre, Hachette Education, 1999.

Histoire des institutions scolaires (depuis 1789), Claude Lelièvre, Nathan, 1991.

L’école des présidents : de Charles De Gaulle à F. Mittérand, Claude Lelièvre et Christian Nique, Edition Odile Jacob, 1995.

L’ABCdaire de l’Ecole de la France, Flammarion, ANCR, 1999.

L’Education Nationale, Jean-Louis Crémieux-Brilhac.

L’Ecole et la société française, Béatrice Compagnon et Anne Thevenin, Editions Complexe, 1999.

Education, société et politiques (une histoire de l’enseignement de 1945 à nos jours), Antoine Prost, Seuil, Paris, 1997.

Histoire de l’enseignement en France 1800-1967, Antoine Prost, Armand Colin, Paris, 1986.

Les ZEP entre écoles et sociétés, Patrick Bouveau et Jean-Yves Rochex, 1997.

L’école unique de 1914 à nos jours, Jean-Michel Barreau, Jean-François Garcia et Louis Legrand, PUF, 1998

Le monde de l’éducation, thème : le collège unique, février 2003 n°311, p.26 à 40.
Le monde de l’éducation, thème : les ZEP, avril 2003 n°313, p.28 à 43.

 

Isabelle Couchot
Pierre Gerson
Pauline Mattely
Christelle Tessier