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INTEGRATION


L’intégration s’applique à un système social ou à un rapport individu/système social. Le processus d’intégration, synonyme d’insertion produit la cohésion, la consistance et l’existence des groupes sociaux d’appartenance. L’intégration est définie par E. Durkheim comme le processus par lequel une société parvient à s’attacher les individus, les constituant en membres solidaires d’une collectivité unifiée. L’intégration se définit donc par un état de forte dépendance entre des éléments ou des individus. Les membres du groupe sont en interaction les uns avec les autres et se sentent voués à des buts communs.
La société contemporaine dispose de nombreuses instances intégratives : la famille, l’école, le monde professionnel, le groupe des pairs, les associations… . Les types d’intégration sont aussi très divers : on parle d’intégration sociale, d’intégration professionnelle ou encore d’intégration scolaire.

 

I / – Rôle de l’institution scolaire dans l’intégration

Selon E. Durkheim, l’école en tant qu’institution a pour fonction essentielle d’inculquer aux enfants les valeurs morales qui régissent la société ; l’école transmet des idéaux collectifs. Il s’agit de socialiser les nouvelles générations en leur transmettant les normes dominantes de la société dans un système méritocratique.
L’institution scolaire permet d’homogénéiser et d’unifier les individus en vue de les intégrer, selon la théorie de l’« école reproductrice ».
Sous la troisième république, le projet culturel de l’école prend un tournant universaliste et rationaliste. L’unification politique et culturelle doit passer par l’apprentissage du français (volonté de diminuer le nombre d’illettrés et d’imposer une langue commune).
L’ouvrage Sociologie de l’école rédigé par M. Duru-Bellat et A. Van Zanten montre la volonté de la société française d’intégrer toute une population qui était plus ou moins exclue du système scolaire. Les instituteurs sont mobilisés pour évacuer les réticences de certaines populations face à l’école. Différentes mesures sont donc mises en place : adaptation aux horaires atypiques de certaines catégories sociales et organisation de prestation à bas prix.
En 1982, la politique des zones d’éducation prioritaire est lancée par le ministre A. Savary. Ce dispositif doit permettre de renforcer l’action éducative dans les zones où les conditions sociales sont telles qu’elles constituent un facteur de risques voire un obstacle pour la réussite scolaire des enfants et des adolescents qui y vivent. A terme, ces conditions sociales constituent un risque pour leur insertion sociale (comme l’annonce la circulaire du 1er février 1990).
Les Z.E.P. revêtent différentes caractéristiques, elles accueillent davantage d’élèves de milieux sociaux défavorisés (en rapport avec la moyenne nationale) ainsi que d’élèves étrangers. La politique des Z.E.P. vise à lutter contre l’échec scolaire dans des zones socialement défavorisées. Le 7 décembre 1992, une politique éducative dans les Z.E.P. est annoncée.


L’école est porteuse de valeurs fondamentales qui favorisent le processus d’intégration des élèves :
La mixité, qu’elle soit sexuelle, culturelle ou sociale permet d’appréhender l’altérité, c'est-à-dire l’apprentissage de la différence. L’école est un lieu de différenciation qui permet l’intégration.
La laïcisation est le principe selon lequel l’Etat n’exerce aucun pouvoir religieux et l’Eglise aucun pouvoir politique ; elle favorise l’intégration à l’école des enfants de toutes religions.
Le principe de citoyenneté est fondamental en terme d’intégration. Selon A. Prost, l’école doit former des « citoyens éclairés » en développant leur attachement à la patrie (importance du volontarisme). La première intégration est l’intégration citoyenne.


Il existe différents processus d’intégration qui sont visibles à l’école.

  • L’intégration dans l’établissement (favoriser l’arrivée des nouveaux élèves de 6ème, ou des élèves arrivés en cours d’année).
  • L’intégration culturelle (fréquentation d’un club) qui s’associe à l’intégration sociale
  • L’intégration professionnelle. Claude Lelièvre consacre dans son ouvrage un paragraphe sur « la scolarisation de la formation professionnelle et l’apprentissage ». La formation professionnelle en France est dominée par le modèle scolaire qui sanctionne cette formation par un diplôme.
  • L’intégration - interaction. M. Duru-Bellat et A. Van Zanten traitent le sujet dans Intégration et Sociabilité. Elles définissent une forme d’interaction horizontale entre les élèves, qui joue un rôle important dans le développement des comportements d’entraide susceptibles d’aider certains enfants à être intégrés. (Socialisation des nouveaux venus ou de ceux qui s’éloignent de l’univers éducatif). Vasquez Bronfman et Martinez développent en 1996 l’idée d’une « organisation informelle » qui regrouperait des personnes homogènes d’un point de vue scolaire. Ces groupes pourraient être différents selon les temps scolaires. Ils réunissent cette idée sous le concept de « sociabilité amicale ».
  • L’intégration sociale. Liée à l’intégration citoyenne selon la circulaire du 7 juillet 1998.
  • L’intégration des enfants immigrés. (Principe de laïcité, circulaires du 13 mars 1986, du 10 mai 1990)
  • L’intégration des enfants atteints de troubles de la santé et des enfants handicapés (circulaires du 18 novembre 1999 et du 19 novembre 1999).

II / – Rôle du CPE dans l’intégration scolaire

La fonction de CPE revêt une dimension pédagogique au sein de l’établissement par rapport à sa collaboration avec l’équipe pédagogique et sa relation directe avec les élèves.
Avec la circulaire 82-842 du 28 Octobre 1982, la notion de « suivi pédagogique » se renforce.
Ce texte réglementaire met en avant la collaboration du CPE avec le personnel enseignant.
Dans un contexte de massification scolaire, le processus d’intégration se doit d’être efficace. Le CPE est donc l’articulation relationnelle entre l’équipe éducative et les élèves pour permettre un suivi et un accompagnement scolaire des élèves. La charte de l’accompagnement scolaire du 7 Octobre 1992 accentue la notion de suivi scolaire définie dans la circulaire de 1982.
Avec le décret du 19 octobre 1989, la place de l’enfant dans l’institution scolaire est définie comme étant au cœur du système. Cette loi a pour objectif de recentrer les actions pédagogiques sur l’élève. La notion de suivi pédagogique est renforcée par celle de projet personnel de l’élève. Cela entraîne alors une mission d’écoute, d’aide et d’orientation. Les CPE sont alors associés au personnel enseignant pour assurer le suivi individuel des élèves et procéder à leur évaluation. En collaboration avec les professeurs et les personnels d’orientation, il contribue également à conseiller les élèves dans le choix de leur projet d’orientation. C’est un axe important dans la scolarité d’un élève ; il permet de préparer l’intégration professionnelle, et donc sociale.
Ce partenariat s’étend à la famille. La circulaire 86-120 du 13 mars 1986 demande aux établissements de tout mettre en œuvre pour favoriser un meilleur dialogue entre les enseignants et les familles, et notamment les familles immigrées. Le CPE a encore ici un rôle charnière. Et ces relations sont essentielles pour une meilleure connaissance de l’élève.
A travers l’échange d’informations avec les enseignants sur le comportement et les activités de l’élève, le CPE peut alors collaborer dans la mise en œuvre de projets d’aide scolaire. Son rôle dans l’animation éducative des élèves ainsi que son rôle dans l’organisation de la concertation et de la participation des élèves au sein de l’établissement sont primordiaux. Cela favorise la création d’un climat de communauté propice à l’intégration de chaque élève.
Les missions éducatives du CPE visent à aider l’élève dans son insertion professionnelle et sociale, et à exercer sa citoyenneté.


III / – Les lacunes de l’intégration scolaire

L’institution scolaire a mis en place différents moyens pour favoriser l’intégration de toute la population. Pourtant, on peut noter quelques lacunes dans ce processus d’intégration.

L’Etat intégrateur, selon H. Arendt, doit favoriser la fusion des individus sans distinction de naissance ou de fortune. De nombreuses études de sociologues ont montré que l’intégration dans la société contemporaine dépend de la dotation en capital. L’individu possède un capital social, un capital économique, un capital culturel et un capital symbolique. Ces capitaux façonnent les habitudes, les comportements, les règles et les valeurs des individus et forment l’habitus. Notion chère à P. Bourdieu, l’habitus est propre à chacun, il est donc le point de départ de toutes les inégalités sociales et principalement « l’inégalité des chances » dans le système scolaire. En effet certaines catégories de population sont dotées de capitaux et d’habitus très éloignés des valeurs républicaines que prônent l’école. Les enfants immigrés sont les plus touchés par cette distorsion de valeurs, ils doivent s’adapter à des idéaux éducatifs qui s’opposent, parfois radicalement aux leurs. De plus, cette typologie d’élèves rencontre parfois la barrière de la langue. C’est le cas des adolescents arrivés tard dans leur pays d’accueil. L’intégration de ces enfants immigrés reste actuellement en France un problème à surmonter.
L’inégalité des chances face à l’école est accentuée par le phénomène d’hétérogénéité du public scolaire actuel. L’école n’étant plus réservée à une élite, les classes moyennes et élevées ont élaboré des stratégies de distinction scolaire (choix d’une langue rare, d’une option peu demandée…). Ainsi, comme le montre F. Dubet et M. Duru-Bellat dans leur ouvrage L’hypocrisie scolaire, ces stratégies de différenciation tentent de former d’une part des « classes CAMIF » (représentant les élèves les plus favorisés) et d’autre part des « classes d’immigrés » (les élèves les plus en difficulté).

L’inégalité des chances face à l’école ne permet pas une complète intégration de toute la population. De plus, les hiérarchies scolaires subsistent et sont accentuées par le phénomène de massification de l’école. Selon S. Beaud, ce phénomène est quantitatif mais pas qualitatif. En effet, il se demande si la politique de démocratisation scolaire n’est pas qu’une « expérimentation sociale » visant à lutter contre le chômage et non pas à favoriser l’intégration.
L’école a tenté de s’adapter à cette massification et à l’entrée d’enfants de plus en plus défavorisés et surtout démunis face aux exigences d’excellence de l’école. La création des ZEP a permis d’intégrer au système scolaire des enfants éloignés de l’école auparavant. Les ZEP sont présentées comme « une justice par l’inégalité », on parle de « discrimination positive ». Mais les ZEP restent des établissements marginaux ou plutôt marginalisés car même si elle est présentée comme « positive » la discrimination existe et elle ne peut aller de pair avec la notion d’intégration.
F. Dubet et M. Duru-Bellat se sont intéressés au paradoxe de l’école démocratique. En s’ouvrant à l’ensemble de la population, l’école a renforcé son rôle d’intégration sociale. Elle tente d’égaliser les conditions d’accès à l’enseignement et de diminuer l’emprise des contraintes sociales mais en même temps, le système scolaire définit ses critères de sélection et exclut les élèves qui ne sont pas au niveau. La démocratisation scolaire a engendré une inégalité directement liée au système scolaire.

L’école connaît encore de nombreux échecs dans la mesure où toute une partie de sa population reste exclue culturellement, économiquement et socialement. H. Arendt définit l’échec scolaire comme un échec de l’école c’est à dire un échec civique car en reléguant quelques individus, l’école minimise les chances de réussite et d’intégration de l’enfant dans la société. Selon H. Arendt, il ne faut pas oublier que le terme « éduquer » signifie donner aux enfants les moyens de rentrer de plain pied dans la vie et de s’adapter aux nécessités de l’existence. L’école doit donc assurer l’insertion des enfants-élèves dans un monde social qui leur préexiste.


BIBLIOGRAPHIE

TEXTES D’AUTEURS.

ARENDT Hannah, La crise de l’éducation, Paris : Gallimard Folio essais, 1992.

BEAUD Stéphane, 80 % au bac et après ? : Les enfants de la démocratisation scolaire, Paris : La Découverte, 2002.

DUBET François, DURU-BELLAT Marie, L’hypocrisie scolaire : pour un collège enfin démocratique, Paris : Seuil, l’épreuve des faits, 2000.

DURU-BELLAT Marie, VAN-ZANTEN Agnès, Sociologie de l’école, Paris : Armand Colin, 1998.

LELIEVRE Claude, Les politiques scolaires mises en examen : douze questions en débat, Paris, ESF, 2002.

SCHNAPPER Dominique, L’intégration en France

DURKHEIM Emile, Education et Sociologie

ILLITCH I., L’insertion des jeunes, Que sais-je ?, PUF, 1996

TEXTES OFFICIELS.

Circulaire n°81-236 du 1 juillet 1981 : mise en place des Zones d’éducation Prioritaire. ( Politique des ZEP en 1982)

Circulaire n°82-482 du 28 octobre 1982 : rôle et conditions d’exercice de la fonction des CE et des CPE.

Loi n° 89-486 du 10 juillet 1989 : Loi d’orientation sur l’éducation.

Circulaire n°86-120 du 13 mars 1986 qui instaure le dialogue entre les établissements scolaires, les familles et les enseignants.

Circulaire n°92-360 du 7 décembre 1992 relative à la politique éducative dans les ZEP.

Circulaire n°98-140 du 7 juillet 1998 : éducation à la citoyenneté dans l’enseignement primaire et l’enseignement secondaire.

BO n°41 du 18 novembre 1999 : accueil des enfants et adolescents atteint de troubles de la santé.

Circulaire n°99-187 du 19 novembre 1999 : scolarisation des enfants et des adolescents handicapés.

BO spécial n°8 du 13 juillet 2000 : organisation des procédures disciplinaires dans les collèges, les lycées et les établissements régionaux d’enseignement adapté. (réintégration d’un élève)

Circulaire n° 88-165 du 13 avril 1983 : Scolarisation des enfants immigrés

Circulaire n° 90-103 du 10 mai 1990 : Animations éducatives périscolaires (AEPS) pour les enfants étrangers et d’origine étrangère mise en place par le FAS

Charte de l’accompagnement scolaire du 7 octobre 1992

Circulaire DIR/CAB n° 1649 du 20 septembre 1994

Livre bleu du CPE.

 

CRAPEAU Virginie
KOBLIKOFF Vicky
THOMAS Stéphane