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Sciences de l'Homme et Philosophie

Outil de vie scolaire


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Commentaire de l’outil de vie scolaire

 

 


Les différentes mesures destinées à rétablir la discipline dans les établissements et l’autorité des professeurs dans les classes se sont révélées insuffisantes dans la réalisation de leurs objectifs non en raison de vices intrinsèques, mais d’une codification imprécise des conditions de leur mise en œuvre sur le terrain.

Il ne manque pas de bonnes règles d’organisation de la vie scolaire dans le R.L.R., mais de bons outils permettant de les appliquer de façon adaptée à des situations concrètes. L’outil de vie scolaire propose le remplacement des punitions par des travaux de réintégration en partenariat avec les parents et l’équipe éducative, mais une variante simple à établir peut conserver la notion de « punition » attribuée par le professeur dans un face-à-face avec son élève (voir BO du 13 juillet 2000), si celui-ci préfère le mode indépendant d’exercice de son pouvoir.

En revanche, nous constatons qu’il manque de procédures claires à l’œuvre pour réduire de façon concrète le problème des conditions d’application des règlements intérieurs des établissements. Ceux-ci demeurent trop souvent à l’état de vœux pieux, contraires à leur statut de règles et, pour ainsi dire, de lois. Une loi qui est sans conséquence si elle est bafouée n’est pas une loi, mais un texte de nature poétique. C’est cette incohérence entre théorie (respect mutuel de tous les membres de la communauté éducative) et pratique (incivilités diverses, voire violences et agressivité permanente) que nous suggérons de réduire, grâce à cet outil.

Nous savons qu’il n’y a pas de bonne procédure dans l’absolu, mais en fonction des individus qui lui reconnaissent un sens et se sentent à l’aise dans un certain style en fonction de leur contexte d’exercice et de leur caractère. Le moins que l’on puisse dire est qu’il n’y a pas consensus dans la société et parmi les enseignants au sujet du style d’exercice du pouvoir, de l’autorité et de la discipline dans les établissements scolaires. C’est pourquoi nous présentons, avec ces fiches de liaison, une plate-forme concrète d’accord minimal et modulable afin de demeurer au plus près de conditions particulières d’exercice, tout en proposant des modèles qui peuvent avoir la force de procédures relativement consensuelles et donc celle de l’habitude (déterminante lorsqu’il s’agit d’éducation).

Les comportements les plus graves (coups, insultes, atteintes aux biens et aux personnes…) ne sont pas les plus fréquents et sont paradoxalement assez faciles à traiter du fait de leur violence elle-même : un rapport est établi sur papier libre et des sanctions sont décidées (des poursuites judiciaires sont également possibles). Il convient de préciser qu’on ne doit pas se faire justice soi-même, surtout dans des cas graves, car non seulement les risques immédiats d’escalade et de représailles différées seront accrus, mais encore on ne pourra pas se prévaloir du cadre légal codifié par la notion de « légitime défense ». Celle-ci ne doit pas consister en une « légitime vengeance ». Elle est plutôt une mesure de défense d’urgence, dans l’attente d’un règlement juridique ultérieur du préjudice subi.

Dans ce cas, il est inutile de recourir à une fiche de liaison. De même, dans la situation opposée.

Les comportements les moins graves (bavardages, inattention…) ne peuvent être trop sévèrement sanctionnés, car ils ne sont jamais clairs et une réaction trop forte peut facilement discréditer cette même autorité qui veut s’affirmer en les affrontant. Tact et psychologie sont ici nécessaires, seuls des conseils pratiques sont dès lors utiles, ce qui renvoie à l’idée des « Visites pédagogiques ». Il serait aussi très intéressant de pouvoir placer des récits et des analyses de situations précises en ligne sur nos pages-web, afin d’obtenir une meilleure adéquation entre examen des hypothèses et difficultés rencontrées sur des terrains singuliers.

Par ailleurs, il est possible à un professeur qui ne parvient pas à faire cesser des bavardages chroniques par la persuasion ou le simple déplacement des élèves dans la classe de procéder à des activités écrites. Dictée, travaux et tableau à recopier renvoient au articles 9 à 11 de la fiche de liaison, ce qui permet d’offrir une solution indirecte au problème des bavardages nuisibles au travail en classe. Il est possible, par la suite, d’obtenir le retour à des formes orales de communication à condition de diminuer sensiblement les bavardages, sous peine de retour à des dispositifs pédagogiques dans lesquels l’activité des élèves est plus étroitement surveillée et encadrée par la fiche de liaison (catégories 9 à 11). On pose ainsi une « boucle logique » par rapport à laquelle la seule issue possible réside dans une diminution des bavardages.
Mais là ne sont pas les causes principales de la crise de l’autorité scolaire : le principe destructeur du lien social, moral et du contrat éducatif se situe à un niveau moyen compris entre ces deux extrêmes que sont violences explicites, d’une part, et perturbations sans malice, d’autre part. Passée une somme de comportements individuels moyennement ou pas immédiatement répréhensibles, les cours et la vie des établissements sont rendus impossibles au quotidien.

Une grande partie de l’échec scolaire revient au manque de cohérence, de justice et d’autorité claire dans les classes et les établissements qui perdent ainsi de plus en plus leurs valeurs.

Une grande partie des arrêts maladie des personnels et leur possible démotivation a pour origine leur soumission quotidienne à un harcèlement moral exercé par certains élèves. Ceux-ci finissent par en entraîner d’autres du fait du sentiment d’impunité lié en majeure partie à certains comportements que nous avons énumérés dans la douzaine d’alinéas de la fiche de liaison.

Une grande partie des violences scolaires vient de ce que les élèves ne sont pas habitués à obéir sur des points qui peuvent sembler plus anodins, mais dont les multiples infractions insuffisamment signalées et donc non sanctionnables comme telles banalisent une situation sapant le respect des règles et des personnes. Parfois, un élève est sévèrement sanctionné selon un motif déclaré, mais c’est souvent l’aboutissement de lancinants contentieux qui éclatent soudainement, alors qu’on aurait dû les traiter en amont, à partir de faits moins graves.

Au moment où une contrariété surgit, on recourt plus souvent à la violence lorsque le niveau « normal » ou plutôt habituel d’agressivité et de non respect des personnes et du matériel est déjà très élevé… C’est ce niveau habituel ou normatif d’agressivité que ces fiches de liaison ont pour but de faire diminuer pour le ramener à un niveau vraiment normal ou inévitable à la marge.

Il y a toujours eu une « éducation » : on ne passe pas du jour au lendemain à la violence. Il y a un entraînement progressif à la violence comme il peut y avoir de saines pratiques pour la canaliser. Être faible dans ce domaine, ce n’est pas simplement laisser faire certains individus violents, mais les laisser former à la violence de nombreuses autres personnes vulnérables.

Les élèves ont notamment le sentiment qu’ils peuvent faire « craquer » les professeurs en adoptant de manière concertée des comportements individuellement assez peu répréhensibles, mais collectivement destructeurs. C’est une telle garantie d’impunité qu’il convient de faire cesser, en montrant bien ce qui va permettre, sans punition collective ou excessive, de réduire rigoureusement de tels comportements jusqu’à l’exclusion si la notion de persistance est clairement établie.

Le plus grave est une quantité de comportements qui relèvent directement d’un défaut d’éducation ou, comme on a vu, d’une mauvaise éducation et qui font peser une forme de harcèlement sur les professeurs et les élèves dont le seuil de sensibilité finit par s’émousser faute de réaction facile à adopter. De nombreux « coûts cachés » en résultent à court, moyen et long terme. Les normes de l’acceptable sont progressivement déplacées et l’École voit son sens s’éroder sans même qu’on puisse identifier l’origine de ce phénomène tout d’abord discret.

Afin de remédier à une fragilité institutionnelle qui aboutit à l’affrontement violent des individus, les règlements intérieurs des établissements ont besoin d’être complétés par des « Fiches de liaison » appartenant à chaque professeur et au nom de chaque élève.

 

Ces « Fiches de liaison » :


1. Codifient des comportements de moyenne gravité qu’aucune circonstance (sauf incapacité due à l’âge ou à l’état médical) ne permet de justifier ;

2. Permettent d’identifier des actes dont la preuve objective est indiscutable et ne comporte notamment pas de degrés laissant une marge aux appréciations soupçonnables (à tort ou à raison) d’arbitraire ;

3. N’offrent pas de vulnérabilité aux arguments polémiques qui enveniment toujours les situations de conflit et créent des contentieux débouchant, à terme, sur l’irruption de la violence ;
4. Comportent des procédures très claires de sommations, puis de travaux de réintégration (mode partenaire) ou de « punition » (mode indépendant) avant « sanction » aux sens définis par le BO du 13 juillet 2000 ;

5. Permettent une progressivité très fine et très claire dans les travaux de réintégration ou les « punitions » tout en tentant d’associer positivement l’élève au processus de son amendement ;
6. Offrent une possibilité aux parents de s’investir dans l’éducation de leurs enfants en partenariat avec les écoles élémentaires, les collèges et les lycées ;

7. Peuvent responsabiliser certains élèves par rapport au désir de ne pas désavouer leurs parents face à l’institution ;

8. Peuvent responsabiliser certains parents par rapport au désir de ne pas se voir désavoués par leurs enfants face à l’institution ;

9. Préviennent en partie les actes de violence contre les enseignants, car ils ne sont plus seulement juges, mais conseillers et éducateurs ;

10. Permettent, pour la même raison, au professeur de ne pas se sentir directement défié et agressé par l’élève envers lequel il exerce une activité de conseil éducatif et de signalement auprès des autorités que ce dernier cherche à provoquer ;

11. Permettent de rendre une menace d’exclusion provisoire ou définitive à la fois plus facilement évitable (l’élève et les parents savent à tout moment exactement où en est ce processus) et plus dissuasive, car les dossiers présentés en conseils de discipline seront beaucoup plus consistants du fait de l’accumulation de comportements dont les tendances, l’histoire et la régularité seront d’une très grande évidence.

12. Jouent un rôle significatif dans la prévention des violences. En général, on attend qu’un fait violent se soit produit pour réunir le conseil de discipline, alors qu’il est en fait beaucoup trop tard pour agir. Il convient donc de prendre des mesures en amont des comportements violents, notamment si la non exécution de « punitions » ou de travaux de réintégration de plus en plus lourds, en cas de multirécidive, finit par apporter la preuve qu’il y a une rupture du contrat scolaire et en particulier non respect du droit à l’obligation scolaire. Ceci peut dès lors entraîner une exclusion des cours tout en restant collé pour effectuer les travaux ou punitions en retard (processus d’exclusion-inclusion). Si le différend persiste, il sera réglé par le conseil de discipline qui aura à déterminer si l’élève peut encore demeurer dans l’établissement. Et ceci devrait permettre :

13. De restaurer le sens de l’école : tout n’est pas négociable et tout comportement constamment réitéré n’est pas acceptable ;

14. De restaurer l’autorité des maîtres : des conséquences éducatives résultent de comportements clairement codifiés, souvent signalés et graduellement contraints. Dans le respect de ces règles de transparence et de justice patiente et équitable, il doit être clair pour tous qu’il est devenu impossible à un élève de provoquer de façon permanente un professeur sans s’exposer à des sanctions conduisant progressivement vers le changement d’établissement.

15. De repérer une rupture profonde dans la reconnaissance de l’autorité de l’institution avant que celle-ci se manifeste sous la forme la plus brutale et dans les circonstances les plus aggravantes pour l’élève dont la détresse n’aura pas été reconnue par des mesures adéquates : l’exclusion-inclusion temporaire dans l’établissement, le changement d’établissement, les classes-relais, etc. ne sont pas seulement des « sanctions », mais aussi de nouvelles chances pour réussir.

 


Auteur : Mathieu Kessler
Automne 2003