IUFM Orléans-Tours Formation de formateurs

LA PHILO À L'ECOLE : POUR QUOI FAIRE ? COMMENT FAIRE ?

Conférence

Evelyne BEAUQUIER,
Conservatrice à la Médiathèque d'Orléans

"Littérature de jeunesse et philosophie"

5 novembre 2003

Bibliographie commentée littérature de jeunesse

 

J’ai répondu positivement à l’invitation de Mr Bruno Chevaillier pour trois raisons :

1 - Parce que quotidiennement en bibliothèque des adultes, parents, éducateurs demandent des livres qui pourraient répondre à leurs préoccupations ou favoriser des échanges autour de questions fondamentales telles que :

- la mort et après , le suicide, l’homosexualité, la naissance, la violence, le viol, les origines, la solitude, l’amitié, l’amour, pourquoi la guerre, qu’est-ce que le bonheur, les rêves …. Et cela dès le plus jeune âge .

- Pour reprendre les propos de Anne Rabany auteur de « littérature : album et débat d’idées, cycle » ,

En fait, ces adultes cherchent un livre médiateur, prétexte à discussion, pour traduire un événement de la vie .


2 - Parce que la littérature jeunesse est abondante mais que tous les titres ne procurent pas les mêmes plaisirs de lecture, n’éveillent pas tous aussi profondément le lecteur au monde.

En 2003, cette littérature est à mon sens trop méconnue d’un large public et notre travail de bibliothécaires est aussi de donner des repères pour guider le choix d’adultes médiateurs et celui des enfants.

3 - Parce que je vois des points communs dans nos démarches :

- des enseignants qui défendent et s’investissent dans des pratiques innovantes et qui peuvent utiliser comme support les collections jeunesse

- des bibliothécaires qui constituent des collections, un patrimoine, qui ont une exigence quant à la qualité des ouvrages et qui souhaitent proposer au public des textes littéraires qui bousculent, expliquent, interrogent le monde.


En somme des adultes qui dans leurs fonctions éducatives, pédagogiques s’adressent à des enfants qui apprennent la vie, leur propre vie, la construise pour mieux la vivre.

 


I Les collections philo dans la production éditoriale jeunesse
II La littérature jeunesse ou qu’est-ce que la littérature ?
III Grandir : une question philosophique
IV La littérature jeunesse participe à une réflexion philosophique

 

Le monde éditorial s’intéresse aussi à cette question de la philosophie et des enfants et depuis 1996, les titres et les collections se développent.

 

Pour commencer je dresserai un bref panorama de l’édition –inspiré des travaux de Anne Rabany, des démarches d’Anne Lalanne présentées dans son livre « Faire de la philosophie à l’école élémentaire », de sites internet- (ricochet, citrouille ..) et différents articles de presse de littérature jeunesse.


Puis, je m’intéresserai plus à la question de la littérature jeunesse et de la philosophie, littérature comme support déclencheur de questionnements.

Je terminerai en vous proposant une petite sélection de documents pour illustrer mes propos, sur un thème que j’ai retenu : GRANDIR



I Les collections philo dans la production éditoriale jeunesse : bref historique

La production est marquée dans les années 1995/ 1996 par des collections essentiellement pour les pré-adolescents et les adolescents (à partir de 11 ans).

Un fait marquant dans l’édition est la parution de :

Gaarder (Jostein) . - Le Monde de Sophie : roman sur l’histoire de la philosphie, traduit et adapté du norvégien, 1995, Editions Le Seuil.

Livre controversé du fait de sa vulgarisation, de son côté tout public.

C’est un texte où se conjugue littérature et philosophie en trois romans imbriqués, au rythme d’un roman d’aventures, passant sans cesse de l’abstrait au concret.

1 Sophie Amundsen, adolescente de 14 ans, reçoit dans sa boîte des missives philosophiques provenant d’un mystérieux Alberto Knox.
2 au milieu du roman le lecteur apprend que les personnages sont fictifs, puisqu’ils sont le fruit de l’imagination d’un père désirant initier sa fille Hilde à la philo, par l’intermédiaire de ce roman.
3 les cours de philosophie dispensés par Alberto tout au long du livre, avec un index à la fin de l’ouvrage.

Consacré par la critique et les ventes. (Pour adolescents).

D’autres éditeurs ont depuis dans leur catalogue des collections marquées philo :

Actes Sud junior développe une collection appelée « contes philosophiques » dès 8 ans

- Virginie Lou , Marguerite et la métaphysique, 1996
Marguerite veut tout comprendre du pourquoi et du comment du monde. Nous fera-t-elle aimer la métaphysique ou plutôt sourire à toutes les questions qu’elle pose ?

Seuil collection petit point par Albert Jacquard « c’est quoi l’intelligence ? » 1989, Moi, je viens d’où ?

Le principe adopté est une question d’enfant à laquelle l’auteur répond ; ce titre comporte une table des matières : le monde est plein de mystères, l’intelligence, ça se construit, on devient aussi intelligent en dormant …

 

Joie de lire coll. Qui suis-je ? Philosophe, moi aussi …., 1996 De Jan Marejko , professeur de philo, écrivain et journaliste, chercheur,

4ème de couverture : les grandes questions sont les mêmes pour tous, ce qui change c’est le regard que l’on pose sur elle.

But de cette collection annoncé par l’éditeur : « ce livre ajuste les principales pierres qui constituent l’édifice de la pensée que nous croyons nôtre . Ni histoire de la philosophie, ni catalogue des grands philosophes, il a pour ambition de faire prendre conscience que les grands thèmes de la philosophie sont des outils indispensables à la construction de notre connaissance du monde ».


Suit le programme du bac ; conseillé aussi à ceux qui sont restés sur leur faim à l’issue de l’école.

Albin Michel « Paroles » dirigée par Michel Piquemal (écrivain par ailleurs notamment d’un titre, « on s’aimera toujours » éditions Syros, 1994, sur la mort, le deuil)

Paroles de sagesse éternelles, aztèques, d’idéal, de poètes d’aujourd’hui, de fraternité, de révolte, d’espoir …

Et « Carnets de sagesse » (ouverture sur d’autres cultures) Paroles indiennes –1993-, du Japon, des Touaregs, de l’Egypte ancienne, …

Audibert collection brins de philo « les guerres sont-elles inévitables ? » de Christian Delacampagne, philosophe 2002 .

en 4ème de couverture : Parents ! Savez-vous répondre aux questions déroutantes de votre enfant ? …. Un livre complice pour aider à grandir
Toute bagarre est-elle une guerre ? Pourquoi sommes-nous violents ? Y a-t-il des guerres « utiles » ? des guerres justes ? Comment arrêter la guerre ? …

Autres titres dans la collection de Anissa Castel « Faut-il toujours dire la vérité ? » et « qu’est-ce qu’aimer ? »
Ces collections s’adressent surtout aux collégiens et aux adultes.


Pour les plus jeunes (cycles 2 et 3)

En 2000, grande explosion éditoriale et médiatique avec la collection « les goûters philo » éditions Milan.

Editeur qui n’échappe pas à la logique commerciale : série inépuisable (plus de 20 titres en 2003) vente sous coffret, format différent …

Ces ouvrages sont le plus souvent empruntés en bibliothèque par des enfants à partir de 11 ans ou des adultes , des lycéens débutants en philosophie, des enseignants , maître formateur, bibliothécaires préparant des interventions autour de la philo !

Le principe adopté un texte anecdotique pour éveiller aux idées suivi d’explications pour comprendre les concepts avancés selon le thème : qui se présente sous forme d’opposition : guerre et paix, bien et mal, la vie et la mort …
Dans ce type d’ouvrages, les questions et les réflexions sont posées. Elles ne découlent pas de la lecture personnelle du lecteur.


Autrement junior (une collection documentaire pour les 9-13 ans) Pourquoi la guerre, 2003 : explication et fonctionnement de la guerre par Philippe Andrieu avec une histoire de Patrice Favaro et des illustrations de Tchikioto

Sur le principe des goûters philo, une fiction courte par laquelle un sujet est posé puis des questions et contradictions sont manifestées par des enfants.

Le texte est articulé sous plusieurs rubriques : les conflits dans le monde aujourd’hui, la loi bouge, bibliographie, adresses, lexique.

Les auteurs recherchent à nuancer des concepts proches : exemple pacifisme et non violence.


D’autres collections abordent les questions philosophiques par une approche plus littéraire :

- Albin Michel petits contes de sagesse : des contes pour sensibiliser les plus jeunes (à partir de 7ans) aux sagesses du monde.

Cette collection propose des histoires belles et profondes à lire seul ou à se faire raconter, loin du vacarme et de la hâte.

Avec ces petits contes, nous privilégions l’enseignement des valeurs et la qualité rigoureuses de l’écriture.

L’objet livre est lui même très soigné .
(Un titre, Les quatre fils de la Terre est paru en 1991 aux éditions Messidor/La Farandole a obtenu le Totem de l’album au salon du livre de Montreuil).

Reberg (Evelyne ) Ito ou la vengeance du samouraï , 2001,
un récit initiatique d’inspiration japonaise est aussi une source intéressante de réflexion sur la violence .

- Albin Michel les philo-fables de Michel Piquemal et Philippe Lagautière, 2003
je cite le directeur de collection :

Lorsqu’on veut dialoguer avec les enfants on a besoin de supports narratifs. Il est difficile d’appréhender par exemple les concepts de liberté ou de justice de manière abstraite. Mais il est plus facile de le faire à partir de la célèbre fable de La Fontaine, Le loup et le chien, car ce récit pose de vraies questions.

Ce livre est fait en deux parties :
- les fables et
- « dans l’atelier du philosophe » composé de pistes de réflexion philosophique assorties de questions.

Les questions sont là pour dépasser le sens littéral, permettre de penser plus loin et surtout de favoriser le dialogue entre enfants ou avec un adulte.

Ce sont des portes ouvertes vers la réflexion individuelle ou collective.


Grand succès pour les ados « Philo : 100% ados » de Yves Michaud éd Bayard, qui répond à des questions de jeunes envoyés à la revue Okapi
Le contenu me semble un peu succinct pour des adolescents surtout quand ils auront bénéficié d’ateliers philosophiques à l’école élémentaire .

J’ai pu constater également que la rubrique philo apparaissait dans les bibliographies maintenant et comportait un nombre de titres croissant de l’édition jeunesse, il en est de même pour les sites,

Ou pour des titres de fiction qui par eux mêmes parlent déjà :

Et puis après on sera mort de E. Brami, éditions Seuil, 2000

La grève de la vie A. Couture, Editions actes sud junior, (cadet, les premiers romans), 2002

Tu seras un homme mon fils de R. Kipling, éditions Flammarion, 1998

On ne veut guère que la paix de A.Serres, éditions Rue du Monde, (des poèmes dans les yeux), 2003

Véra veut la vérité de N.Huston, éditions Ecole des loisirs (mouche), 1992

Tu es un grand garçon maintenant … de M. Ollivier, Editions Thierry Magnier, 2003

Et Dieu dans tout ça …. de M. Despléchin, Editions Ecole des loisirs, 1994

 

II La littérature jeunesse ou qu’est-ce que la littérature ?

Ce que je souhaite mettre en évidence sous cette question ce sont deux démarches (chercheurs en littérature jeunesse et philosophes à l’école primaire) qui se rejoignent si on prend en compte l’enfant en tant qu’être qui se construit, se cherche, essaie de comprendre le monde.

Actuellement et pour aller un peu vite , les chercheurs en littérature de jeunesse, et je
cite plus particulièrement Christian Poslaniec, s’intéresse à la réception d’un texte
par les enfants , en s’appuyant sur des recherches de Jauss, Iser ce dernier
abordant la question des lieux d’indétermination du texte, la place prévue pour que
le lecteur inter-agisse .
Ainsi (je cite C. Poslaniec) « il y a dans l’œuvre un système de consignes
implicites qu’il appartient au lecteur d’actualiser en fonction de ce qu’il est, de ce qu’il
sait, de son mode de lecture : le lecteur doit puiser dans sa propre imagination, ses
souvenirs, ses références, son « encyclopédie …. »
La coopération des lecteurs pour la lecture d’un texte sera différente selon chaque
enfant et leurs questionnements pourront ainsi alimenter les réflexions
philosophiques.

Tous les textes ne permettent pas cette coopération du lecteur, les textes que je privilégie sont des textes à postulation ouverte.
Je vous invite à lire ce titre de C. Poslaniec « Vous avez dit littérature ? » dans
lequel il aborde les questions concernant la définition de la littérature, les théories de
la réception, les modes de création des écrivains, les problèmes et les méthodes
d’une éducation littéraire, les instructions officielles de février 2002 pour l’école
élémentaire demandant que les enseignants fassent travailler les élèves sur des
« textes littéraires ».

Pour rapprocher la littérature de la réflexion philosophique, je reprends les propos de
Anne Touzeau dans le livre « Les activités à visée philosophique en classe : l’émergence d’un genre ? » sous la direction de Michel Tozzi :

« S’engager en philosophe dans un album de littérature (que j’élargis aux
romans, contes, bandes dessinées, poésie et théâtre) de jeunesse consiste à laisser
de côté les savoirs savants sur le texte et l’acte de lire pour s’intéresser plus avant à
l’enfant, à la personne qui reçoit l’histoire.
Seront laissés de côté pour un instant, les personnages et les reprises anaphoriques,
les niveaux de langage, les connecteurs, les questions d’énonciation, la distinction
narrateur/auteur, en un mot l’explication du texte, pour aller plus spécifiquement
questionner l’enfant et son rapport au monde et à autrui ».

Aider à aller au delà du sens littéral du texte : aider les enfants à penser grand.

Comment cette histoire résonne t-elle pour moi et pour les autres ?
Qu’est-ce que cette histoire dit de moi, des autres et du monde qui m’/nous entoure ?
Pour nous, bibliothécaires, cet aspect du livre et de la lecture est une approche
régulière proposée aux enfants dans le cadre scolaire ou lors de recherches personnelles.
Nous veillons dans nos conseils de lectures, dans nos présentations de livres à
donner à entendre plusieurs points de vue, plusieurs approche d’un même sujet .
Nous choisissons des récits qui portent, emportent le lecteur plus loin que son vécu quotidien, mettent une distance tout en jouant de la réalité, en faisant que le lecteur est , devienne autre.
La démarche en bibliothèque : des livres qui bousculent : qui interrogent , questionnent, aident à grandir.
Des textes à postulations ouvertes , des textes qui s’achèvent sur des interrogations
et des textes pouvant jouer de l’intertextualité (convoquer d’autres textes, les images
permettent aussi cette mise en rapport avec d’autres textes ou d’autres références
culturelles.)

Ce sont ces fins ouvertes et ces mises en réseau textuels ou iconographiques qui permettent à chaque lecteur de construire son cheminement de pensée.

Henry (Jean-Marie) et Serres (Alain) On n’aime guère que la paix, Editions Rue du monde (collection des poèmes dans les yeux), 2003
Illustré par N. Novi et photos agence Magnum
Le titre, la lecture de l’image sont signes de sens : noir et blanc, peinture abstraite en couleurs de Novi alternent tout au long du livre.


Lemieux (Michelle) . Nuit d’orage Editions Seuil, 1998

Dans lequel une petite fille se pose des questions métaphysiques pendant une nuit d’insomnie.
Toutes ces questions, profondes ou absurdes, vibrantes d’émotion, sont celles de tout un chacun. Elles sont illustrées par un dessin au trait noir et blanc qui prolonge la réflexion par un humour qui va du comique au noir. (cycle 2/3)

 

Mourlevat (Jean-Claude). L’enfant océan, éditions pocket jeunesse, 1999
pose les questions, d’éducation, solitude, d’amour, de désespoir en référence au Petit Poucet de Charles Perrault.

Différents points de vue sont apportés par le narrateur qui change à chaque chapitre .(cycle 3)

Waddel (Martin). Le canard fermier, illustré par Helen Oxenbury, Editions ouest France, 1992
pose la question du travail et du pouvoir, de la vie en société . Il fait référence au livre de Georges Orwell La ferme des animaux, livre pour les adultes. (cycle1)


Coup de chapeau à C. Bruel , édition Etre pour un titre tout récent :

Vivre sans moi, je ne peux pas, de Wally de Doncker , image de Gerda Dendooven, traduit du néerlandais., 2003 pour tous

C. Bruel a créé en 1976 les éditions Le sourire qui mord , véritable événement dans la production jeunesse.
Editeur avant-gardiste qui a toujours affirmé son point de vue sur la vie, la culture et considéré les enfants comme des êtres intelligents et respectables, croyant volontiers que les sujets difficiles (peur, sexualité, mort ….)sont de vraies préoccupations pour les enfants.

Ce titre qui est une réussite, parvient en quelques pages à cette conclusion évidente : je ne peux vivre sans moi !

Questions et raisonnements s’alternent accompagnés d’une mise en page qui joue superbement sur chaque détail de la phrase et de l’illustration, créant en fait un parallèle malicieux entre le texte et l’image.


A partir de ces textes, les démarches d’atelier philosophique telles que j’ai pu les lire permettent aussi d’apprendre à l’enfant à lire un texte littéraire dans le sens où il donne à voir d’autres façons de vivre, de penser, de questionner : cette approche favorise la construction de la réflexion en tenant compte du vécu de l’enfant, de ses connaissances,
de ses interrogations du moment. L’enfant est davantage impliqué personnellement (différent de la démarche documentaire).


Il faut offrir aux enfants de vrais beaux textes, non pas seulement des livres pour endormir les enfants le soir, mais aussi des livres pour les réveiller le matin (Philippe Corentin, auteur jeunesse).

 

III Grandir : une question philosophique

Embarrassée par la multitude de livres que je pouvais proposer ce matin, comme point de départ d’une réflexion philosophique pour les cycles 1, 2 et 3 j’ai en fait choisi le thème GRANDIR (sachant que pour d’autres sujets, mort, guerre, différence vous pouvez vous adresser aux bibliothèques et demander une sélection ; du côté des éditeurs aucun thème n’est ignoré ).

Thème pour lequel je propose plusieurs éclairages :

1 Lire c’est grandir

2 La philo : c’est aider les enfants à penser grand

3 Des concepts que l’on peut y associer :

force, pouvoir, justice, injustice, sagesse, faiblesse, égalité, connaissance, peur, angoisse …

4 Le choix présente des collections et des éditeurs différents , des approches esthétiques tout aussi variées, des auteurs, illustrateurs ou éditeurs engagés dans une littérature de qualité, respectueux des enfants, exigeants pour eux.

Des auteurs qui diffusent des valeurs à travers leurs textes : courage, vérité, respect de soi et des autres, la différence, la communication, l’amour, l’amitié, la liberté …


Cycle 1

Dedieu (Thierry) Yakouba Seuil

Yakouba jeune enfant africain doit affronter le lion pour réussir son entrée dans le monde noble des guerriers, et ainsi apporter la preuve de son courage.
Il part seul , la peur au ventre : Le lion qu’il rencontre est affaibli et malade. Se pose alors un vrai problème philosophie ; soit il le tue mais sans mérite car le lion est faible, soit il lui laisse la vie sauve sachant que sa famille ne lui pardonnera pas.
Il fera malgré tout ce choix là. Il sera tenu à l’écart de la tribu mais étrangement depuis ce jour le troupeau du village n’est plus attaqué par les lions.

Le texte ne dit pas tout : l’auteur laisse par l’image au lecteur se représenter la nuit de réflexion ou le choix qu’il fait. (fine analyse très complète dans le livre littérature : albums et débats d’idées.)

Les notions de grandir et de courage prennent un autre sens pour Yakouba que celui de sa tribu. Malgré tout, il sortira mûri de cette épreuve.

 


Ross (Tony) Je veux grandir Editions Gallimard, 1993

Une belle illustration des différents points de vue sur le sujet, traité avec beaucoup d’humour.

Solotarreff (Grégoire) Toi grand, moi petit Ecole des loisirs, 1996

Un roi lion solitaire prend sous son aile un éléphanteau orphelin qui ne connaît rien à rien.

Quand le petit devient grand et qu’il n’a plus rien à apprendre, le lion souffre « quand je me promène avec toi, je n’ai plus l’impression d’être roi … » et l’envoie découvrir le vaste monde. Des années plus tard l’éléphanteau retrouve le roi et les rapports de force sont inversés .
Une fable philosophique sur la solidarité, la fidélité pleine d’émotion.
Dessin aplats de couleurs, caricaturaux, jouent des contrastes et donnent un sens supplémentaire au texte.

 

Cycles 2/3

Couture (Amélie). La grève de la vie, Edition Actes sud cadet, 2003
(prix chronos 2003)

Un texte juste écrit à la première personne –une fillette qui a perdu sa grand-mère et ne l’accepte pas- ce qui est singulier dans ce roman ceux sont les mots choisis par l’auteur pour transcrire les incompréhensions de l’enfant face à la mort : le titre suffit pour donner le ton ; le rôle des parents (père et belle mère) est juste (chacun à sa place,
chacun ses énervements devant une petite fille qui peut sembler capricieuse parfois) le dénouement est crédible et l’expérience du deuil très positive ; le personnage a évolué de début à la fin et sort grandi et heureux de vivre.

Page 30 : « avec ma mamie on jouait à faire des voyages pour de faux ».


Hacke (Axel).Le petit roi Décembre éd. L’inventaire, 1995

Le petit roi ventripotent n’est pas plus haut que trois pouces, autoritaire, gourmand, rouspéteur, il surgit à tout instant dans la vie du narrateur. Entre eux s’installe une joute intellectuelle qui se prolonge en questions existentielles : qu’est que la vie, la mort, l’immortalité, l’univers, la connaissance, le savoir, le pouvoir…

Si nous naissons ignares et grandissons en accumulant des savoirs, chez le petit roi on naît « comme ça » sachant presque tout et on remonte progressivement vers l’enfance pour ensuite disparaître.
Le narrateur est captivé par l’imagination débordante du petit roi (comment ne pas se laisser porter par sa collection de boîtes à rêves qu’on ouvre le soir en s’endormant...)et son quotidien est transformé par ses rêves trop grands.

Le petit roi sait aussi comprendre, compatir et sa logique est imparables
Un album philosophique plein de malice, ; les illustrations comme des petits tableaux délicats peints sur toile rappellent Magritte .

 

Norac (Carl) Némo et le volcan, Editions Pastel , 1995
Un album initiatique : un enfant fasciné par un volcan souhaite le dompter « bientôt je serai grand pour venir te dompter » plus loin « je suis surtout venu connaître votre secret, celui qui vous rend si grand si fort … » fin ouverte :

Nemo rentre chez lui et remet la clé sous l’oreiller de sa mère endormie.
Rêve ou réalité ?

 

Olivier Mikaël . T’es un grand garçon maintenant, 2003, Edition Thierry Magnier, collection petite poche, des romans comme les grands
Texte court

Importance du titre : « le » maintenant pourrait être discuté : le passage de l’enfant à grand garçon ; la collection propose un travail sur le je narrateur, héros, lecteur , …

Thème : liberté, amour, sagesse : histoire d’un enfant qui rend visite régulièrement à sa mère qui est en prison

Mange tes pâtes (du même auteur, même éditeur) :des parents sont confrontés aux questions interminables des enfants . Le narrateur est une fillette qui s’interroge sur la mort. Lorsqu’elle aura trouvé sa réponse, les parents seront soulagés mais elle demandera alors … Comment fait-on les bébés ?… Réponse des parents : « mange tes pâtes ».


Place François . Le vieux fou de dessin , éditions Gallimard, 2001

Un beau récit initiatique sur le passage de l’enfance à l’âge adulte..
Histoire d’un jeune japonais qui rencontre un artiste Hokusaï ; ce dernier lui apprendra l’art, la patience, le savoir, la connaissance, la patience. (album qui existe en grand format et en poche).
Le raffinement du dessin de François Place accompagne parfaitement le texte entre fiction et documentaire.



Conclusion :


IV La littérature de jeunesse participe à la réflexion philosophique

Faire connaître cette littérature, c’est reconnaître un vrai statut intellectuel à l’enfant, lui fournir des outils de réflexion , l’aider à trouver des questions et des réponses, pour activer sa curiosité.

Lire c’est imaginer, connaître le monde, partager des valeurs universelles, réfléchir sur les autres et mener une réflexion sur soi-même dans ce sens :

La littérature de jeunesse (celle qui étonne, bouscule, interroge le monde) et la réflexion philosophique sont pour moi indissociables .

Pour terminer, projection de l’adaptation audiovisuelle de :

Le défilé de Olivier Douzou et Emilie Chollet, éditions Du Rouergue, 1995 (vidéo CNDP) pour une autre illustration du thème grandir.




Bibliographie :

- Les activités à visée philosophique en classe : l’émergence d’un genre ? sous la direction de M. Tozzi, éd. CRDP Bretagne, 2003

- Animation et éducation, juillet/octobre ,2003, n°175/17

- Lalanne (Anne), Faire de la philosophie à l’école élémentaire, édition ESF, collection pratiques et enjeux pédagogiques, 2002

- Page éducation, avril 2003

- Poslaniec (Christian). Vous avez dit littérature ? Edition Hachette, collection questions d’ éducation,2002

- Rabany (Anne), Miri (Nadia). Littérature : album et débat d’idées, cycle 3, collection enseigner aujourd’hui éditions Bordas, 2002

- Se former à la littérature de jeunesse aujourd’hui, revue Argos hors série n°4, printemps 2003

- Sélections annuelles de livres au trésor, Bobigny, Conseil général de la Seine St Denis

- Tozzi (Michel). La pensée réflexive à l’école primaire Edition Hachette éducation, 2001


Sitographie

Ricochet www.ricochet-jeunes.org
Citrouille www.citrouille.net
Université de Lille-III www.univ-lille3.fr

Livre et lire en Bourgogne www.livralire.org
Revue des livres pour enfants www.lajoieparleslivres.com

Bibliothèques d’Orléans www.orleans.fr/bibliotheques

 

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