Eléments de réflexion sur l'ECJS
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Réflexion pédagogique
sur l'arrêt Perruche.
Concernant l'arrêt Perruche, le texte et l'historique partiel qu'il
a suscité on peut consulter le chapitre " La citoyenneté
et les exigences renouvelées de justice et d'égalité
", fiche exemple n° 3, page 47 dans le programme des classes
terminales.
En voici pour plus de commodité le texte : " Dès lors
que les fautes commises par le médecin et le laboratoire ont empêché
une femme enceinte d'exercer son choix d'interrompre sa grossesse afin
d'éviter la naissance d'un enfant atteint d'un handicap, ce dernier
peut demander la réparation du préjudice résultant
de ce handicap et causé par les fautes retenues " (17/11/2000)
Conformément à l'esprit de l'ECJS, et même si les
textes de lois peuvent et doivent être examinés avec précision
dans certains cas (par exemple comparer diverses législations sur
l'euthanasie), il ne s'agit pas d'engager un travail de recherche et de
critique juridique technique et pointu sur cet arrêt.
Dans le cadre de l'ECJS, l'arrêt Perruche doit d'abord être
considéré comme un thème d'actualité à
partir duquel un travail d'information, de réflexion et de discussion
peut être mené, dans le but de développer la dimension
propre de la conscience citoyenne.
On peut donc commencer à s'interroger et à réfléchir
sur la manière dont les médias on traité la question,
faire un historique de ce traitement, pour comprendre le sens et l'enjeu
du débat avant d'y prendre sa part (ce point de départ est
transposable au traitement de nombreuses questions comme par exemple l'insécurité
(cf Guy Lochard http://www.orleans-tours.iufm.fr/ressources/trans_discipline/ecjs/intervention_media_lochard_2002.pdf)
Cependant, étant donné l'exemplarité du cas, l'arrêt
Perruche peut fort bien être convoqué et réutilisé
dans d'autres cadres. Par exemple, il peut être l'occasion pour
les élèves de se rappeler ou d'engager des recherches en
vue de savoir précisément quel est le sens et la portée
juridique d'un arrêt, de le distinguer de la loi, d'analyser la
notion de jurisprudence. Il peut aussi enrichir une réflexion portant
sur une question d'ordre bioéthique (FIV ou clonage) ou éclairer
une situation dans laquelle apparaissent des enjeux analogues (la question
de l'indemnisation d'un préjudice, du problème de l'imputation
ou du partage des responsabilités (problème des atteintes
à l'environnement, de l'évaluation des risques dans la mise
en uvre de nouvelles technologies etc.) ; on peut également
l'utiliser pour mener une réflexion sur la question des liens communautaires
(quelles sont ou quelles doivent être nos valeurs communes ?). De
là, on peut s'interroger sur le rapport entre les valeurs dites
personnelles, la norme éthique et la loi, ce qui peut nous conduire
à traiter de la laïcité par exemple. On peut ainsi
traiter de manière ordonnée et articulée un certain
nombre de notions qui apparaissent à tous les niveaux des programmes
de seconde, première et terminale.
L'essentiel est ici de prendre appui sur une situation particulière
afin qu'à travers les diverses phases du travail (recherche, analyse
,réflexion, débat), les élèves puissent appréhender
les sens de la loi, en percevoir et en comprendre la signification et
la nécessité (contenus particuliers), mais aussi le fondement
à travers le rôle que joue le citoyen dans son élaboration
(discussion, rapport avec les élus, mais aussi expression publique,
prise de position, action politique) et sa légitimation(vote).
En effet, la plupart du temps les élèves ne perçoivent
la loi que comme une contrainte extérieure qui leur est imposée,
parfois insupportable mais aussi vécue comme fatale et inévitable.
D'autre part, ils sont très sensibles à la notion de droit,
en tant qu'elle représente pour eux la reconnaissance, qu'ils estiment
légitime, de leur désirs . En ce sens, ils opposent volontiers
leurs droits à la loi qui les refuse et se réfèrent
volontiers à la Déclaration des Droits de l'Homme pour légitimer
leurs revendications, sensibles surtout à la notion d'égalité
des hommes établie dans l'article premier. Dans leur esprit se
mêle la dimension morale (bien-mal) et la dimension juridique (juste-injuste).
L'objectif fondamental du travail en ECJS consiste à faire en sorte
que les élèves sortent de ces contradictions et de ces confusions
pour accéder à une véritable conscience citoyenne.
En ce qui concerne l'arrêt Perruche, on peut donc partir de ce à
quoi les élèves ont été sensibles à
travers l'information des médias de base.
La plupart du temps, ils ont été touchés par la réaction,
montrée dans les médias, des familles d'handicapés
pour lesquelles la décision du tribunal apparaît moralement
scandaleuse. Pour mieux appréhender le sens de l'arrêt, il
conviendra de les amener à distinguer le plan moral sur lequel
ils se situent d'emblée, en se référant à
la Déclaration des Droits de l'Homme (expression de normes et valeurs
universelles, idéal de justice plus que législation effective)
et le plan juridique au sens strict dans lequel, il s'agit d'abord, dans
le cadre de la législation française existante d'évaluer
la nature d'un préjudice matériel et moral subi par une
famille ayant, par manque d'information médicale, donné
naissance à un enfant lourdement handicapé. Ici, on pourra
montrer que le pragmatisme de la justice (son caractère inévitablement
procédurier) peut avoir une certaine légitimité même
si la décision prise peut oralement choquer (pour le juge ce qui
importe c'est de trouver une solution juridique technique qui rende possible
la réparation du préjudice, fut-ce au détriment des
conséquences inacceptables de l'arrêt sur le plan moral(l'idée
qu'être né puisse être un préjudice).
Ainsi, l'exemple de l'arrêt Perruche peut être transposé
à d'autres situations ou l'on peut observer un conflit ou une inadéquation
entre les normes éthiques et la loi. L'arrêt Perruche montre
bien comment il peut arriver qu'une décision de justice rendue
de bonne foi et dans un souci manifeste d'équité peut rentrer
en conflit avec une norme morale.
Le rôle du citoyen est alors de réfléchir sur ce conflit
toujours possible et de comprendre que, bien que la loi et la morale ne
sauraient être confondues, un lien nécessaire doit pourtant
être maintenu entre elles car il en va du sens et des valeurs (ici
le respect absolu de la personne humaine) qui donnent sa cohésion
à notre communauté politique. On peut à ce propos
rappeler l'historique d'une loi ayant soulevé un conflit analogue
entre loi et morale (loi sur l'IVG) et montrer que compte tenu de l'enjeu
moral cette loi ne pourrait être comparée à la levée
d'une prohibition.
Certains élèves peuvent avoir une seconde réaction
en évoquant l'idée de compensation du handicap ; ce qui
peut être l'occasion de réfléchir à la définition
de la justice comme équité par opposition à la notion
d'égalité (" La justice, c'est l'égalité
entre les égaux et l'inégalité entre les inégaux
", Aristote), mais également de comprendre les problèmes
inévitables rencontrés dans l'application de la loi (générale)
et les cas (toujours particuliers) ; ici apparaissent le sens et la valeur
de la notion d'arrêt et de celle de jurisprudence.
Opérer ces distinctions permet d'appréhender le rôle
nécessaire de la conscience citoyenne dans l'évolution ou
la modification des lois (rendre la loi plus juste encore)., lorsque des
problèmes juridiques inédits (fruits du progrès technologique)
se présentent et doivent donc être traités dans le
cadre de la législation existante.
On peut évoquer pour finir les problèmes et les tensions
entre la reconnaissance des droits et la responsabilité collective
. Il s'agirait ici de conduire les élèves à une réflexion
sur le fait que plus on reconnaît de droits plus la responsabilité
collective augmente. La reconnaissance d'un droit des parents à
donner naissance à un enfant handicapé va de pair avec l'acceptation
d'une responsabilité collective dans la prise en charge ; en ce
sens, la loi peut m'imposer de payer pour qu'un handicapé puisse
être dignement élevé au nom du droit même qui
m'a permis de ne pas lui donner le jour si c'est mon choix.
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