Note sur la place et le rôle de l'enseignant
en ECJS
Au cours des discussions au sein du Groupe de formateurs, ainsi qu'avec
nos collègues lors des stages, la question de la place et du
rôle de l'enseignant en ECJS a souvent été évoquée.
Immédiatement perçue comme négation du rôle
traditionnel du professeur qui transmet un savoir, au profit de tâches
d'animation, définie comme un enseignement mais non disciplinaire,
l'ECJS provoque méfiance et rejet de la plupart des collègues,
qui prennent en charge cet enseignement à reculons, contraints
et forcés, en particulier par leurs obligations de service.
L'idée que le choix d'enseigner l'ECJS relèverait du
goût et des compétences autoévaluées par
chacun n' a fait qu'accentuer le sentiment d'inconsistance foncière
de cet enseignement et de ses contenus. Le tout alimenté par
le discours de rupture du " enseigner autrement " qui a
eu des effets extrêmement négatifs et déstabilisants
à la fois sur les anciens et sur les jeunes collègues.
Les premiers y ont vu la mise en cause d'un équilibre pédagogique
difficilement construit tout au long de leur carrière et les
derniers le torpillage orchestré de leur seule bouée
de sauvetage dans la tempête appréhendée des premiers
cours : leur savoir disciplinaire
Nous pensons qu'en réalité l'ECJS est un cadre d'enseignement
précieux pour tout collègue amené à y
intervenir. Tout d'abord parce qu'il demeure évident et incontournable
que chacun d'entre nous intervient en ECJS à partir de son
ancrage disciplinaire. Celui-ci est en effet, d'une part le moyen
d'aider les élèves à former leur jugement propre
en leur offrant de véritables mises en perspective que permet
seule la maîtrise ferme d'une discipline et d'autre part de
pouvoir les assurer d'un strict respect de la neutralité inhérente
à la fonction enseignante( surtout en ECJS ou les risques de
manipulation et d'endoctrinement sont réels, à plus
forte raison lorsqu'on fait reposer cet enseignement sur la "
bonne volonté ").
C'est pourquoi le professeur intervenant en ECJS ne saurait se considérer
comme un animateur, un spécialiste de la technique du débat,
un " roi de la reformulation "à l'instar de certains
journalistes. En ECJS nous restons des professeurs en rapport avec
des élèves et non des citoyens qui " débattent
" avec d'autres citoyens. S'il s'agit de former le citoyen, c'est
à dire de lui permettre d'acquérir les moyens de former
un jugement libre et éclairé et pas seulement d'affirmer
face aux autres ce qu'il considère comme son opinion, il ne
s'agit pas de simuler ou de reproduire comme un jeu, un débat
politique ; mais par une forme de discussion informée et organisée
d'engager chacun à apprendre davantage et à mieux réfléchir.
Le professeur a ici le rôle d'un expert et son champ de compétences,
loin d'être facteur de restriction lui permet d'éclairer
les élèves dans la poursuite de leur questionnement
propre.
Ainsi pour chacun d'entre nous l'enseignement en ECJS est une réelle
opportunité d'expérience pédagogique, en particulier
par l'observation, difficile à effectuer dans notre cadre disciplinaire
strict ,des manières dont les élèves se l'approprient
et l'utilisent. L'ECJS constitue donc un cadre de réflexion
idéal pour saisir le sens (la dimension citoyenne) de notre
enseignement disciplinaire et plus largement de notre métier
de professeur, pour approfondir encore la maîtrise de notre
discipline, c'est à dire être toujours en mesure de la
transmettre comme un savoir vivant qui fait vivre la pensée
de ceux qui le reçoivent.