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Notes de
la Formation de formateurs conduite par Maurice Lamy
les 17 et 18 décembre 2002 sur le site de Tours-Fondettes
Philippe Garnier
1- Remarques préalables en forme de définitions.
- L'Analyse de pratiques n'est pas un outil en elle-même mais
elle permet d'ouvrir l'esprit au conseil. Il s'agit de " créer
les conditions ".
- Référentiel de compétences.
Eu égard à cet objet, la démarche en APP
est non modélisante. En effet, le référentiel
de compétences est un idéal que l'on atteint en fin
de carrière, ce qui suggère deux remarques fondamentales :
- il est donc essentiel, à tout moment de la carrière,
mais plus spécifiquement encore à son début,
de repérer ses différences par rapport au référentiel.
- Seconde remarque : sous les mots, c'est l'expérience
qui fait sens, il faut admettre donc le fait que chacun doit
mettre sur les termes du référentiel son propre sens.
Il convient alors, pour le formateur, d'éviter " d'éclairer "
le référentiel car " éclairer ",
c'est imposer sa propre vision. Avec un groupe de stagiaires,
il faut au contraire mettre la parole du sujet au centre du travail,
le travail consistant en une analyse de " différentialisation "
par rapport au référentiel. Deux difficultés
essentielles peuvent alors se présenter :
- comment évaluer la maîtrise plus ou moins grande
de telle ou telle compétence
- comment s'assurer que le sujet est au courant de la différence
qui existe entre " avoir rencontré, pratiqué "
et " ce que l'on en sait ".
En arrière plan il s'agit de prendre conscience de deux mots
qui sont deux dimensions de la profession : la posture et la
position.
La posture c'est ce que l'on donne à voir,
ce que l'on fait.
La position se réfère à
l'interne : c'est ce que l'on est.
Or il faut chercher à mettre en cohérence (en
congruence) les deux termes : ce que " je fais "
et ce que " je suis " ; cette mise en congruence
est un des objectifs majeurs de la professionnalisation.A ce niveau,
il est possible de distinguer le métier de la profession sans
se vouloir trop normatif. Il est possible d'avancer que le métier
est le fait de bien connaître et de bien remplir toutes les
règles techniques du travail tandis que le professionnel dépasse
le cadre technique pour situer son action dans le cadre éthique.
Professionnaliser, c'est donc rendre plus technique et renforcer
la congruence avec les valeurs éthiques. Si le métier
a une obligation de résultat à problème
donné, la solution reste du domaine du geste, elle est
factuelle. Le professionnel doit être capable de tout
mettre en ouvre pour vaincre un type de problème et
pour cela il doit en appréhender origines et conséquences
sociétales. Le " tout " alors dépasse
alors très largement le cadre du " geste de métier ",
du savoir technique.
La remarque vaut s'il y a recours à l'écrit ;
il convient de distinguer l'écriture de la pratique
d'une écriture sur la pratique et de façon bien
plus évidente l'écriture pour la pratique.
2- Qu'est-ce que l'analyse de pratiques ?
Il est fondamental d'identifier et de différencier le travail
d'analyse de pratique du travail de conseil pédagogique.
- L'analyse de pratiques impose d'adopter une posture spécifique.
Postures et gestes professionnels diffèrent très fortement
sans pour autant qu'il y ait opposition et encore moins contradiction.
La navette entre les 2 postures est possible mais elle doit être
raisonnée et intellectuellement étayée pour
que le positionnement soit explicite et que la confusion ne s'installe
pas. Ce positionnement délibéré n'est pas si
facile à faire percevoir car les tâches de conseiller
pédagogique (ou tuteur) et d'animateur de groupe d'APP se
ressemblent au premier regard.
Elles consistent à analyser la ou les pratiques d'enseignants
pour les aider à progresser, à se professionnaliser.Pourtant
l'un (le tuteur) agit dans la sphère de l'expertise, il procède
à une analyse " externe " et apporte
des solutions tandis que l'autre, le médiateur d'une séance
d'APP favorise, par la mise en mots, la prise de conscience des
composantes du problème rencontré et autorise ainsi
la construction d'une stratégie en meilleure adéquation
avec la situation. A la phrase " qui analyse la pratique
de qui et dans quels buts " de Ph Perennoud il y a donc
2 types de réponses possibles.
Il est ainsi possible de dire que lors d'une évaluation
formative on se trouve dans le rôle d'expert alors qu'une
évaluation formatrice aide à comprendre les
erreurs pour que le processus de formation se mette en place.
- Des précautions nécessaires.
Pour le médiateur (le conducteur) d'une séance
d'APP, ainsi que pour l'ensemble des participants, il faut mettre
à distance ses présupposés pour saisir au
mieux le sens de ce qui a été mis en mots et pouvoir
choisir le lieu d'où l'on parle. En effet, la frontière
entre les 2 postures n'est pas étanche et ne doit en aucune
façon l'être ; elle doit pourtant être lisible
et perçue. Ainsi pour tout ce qui est factuel et relève
du geste, on peut donner un conseil, il a de bonnes chances d'être
efficace : le fonctionnement en mode externe est pertinent. Pour
tout ce qui touche le sujet, son être, sa façon d'être,
de paraître, des erreurs techniques fondamentales, il faut se
positionner en APP et faire formuler, oraliser : " comment
ai-je fait ce que j'ai fait ". Ce " comment
as-tu fait. " doit d'ailleurs être le fil conducteur
du questionnement. Il convient de bannir le " pourquoi "
souvent culpabilisant. L'enjeu est en effet de faire émerger
et formuler les informations qui ont servi à construire
la décision. Cette étape est une véritable
auto information tant la prise d'indices est fugace et la prise de
décisions intuitive (en tout cas non raisonnée). Il
faut décrypter la séquence :prise d'information
à prise de décision à procédure On pourrait
dire démonter, déconstruire l'action pour en identifier
les pièces constitutives et les éléments de liaison
qui ont construit l'enchaînement.Face à la fragilité
des indices et à leur dimension impliquante, il est nécessaire
de développer une écoute compréhensive et
bienveillante.
- Rôle de l'interviewer, ou médiateur :
Il est responsable des objectifs c'est à dire de
l'efficacité de l'entretien ; il est responsable de la
qualité de la relation.
- Condition nécessaire : posséder des qualités
d'attention, d'écoute ; on parle d'écoute active.
Cette écoute active passe par la collecte du verbal et le repérage
du non verbal
Il doit faire décrire, repérer les verbes
d'action, le choix des pronoms : définis ou indéfinis,
s'assurer que la description de l'action passe par une lecture des
différentes phases, une fragmentation de la séquence.
Eventuellement faire des relances par la reformulation, cette reformulation
peut fonctionner en écho ou en synthèse.
- Il est garant de la confidentialité de la séance et
du bon déroulement du questionnement, du maintien d'une attitude
bienveillante et facilitante, tout particulièrement lors de
la formulation des hypothèses explicatives.
Globalement, il est garant du cadre méthodologique et
éthique dans lequel se déroule la séance
d'analyse de pratiques.
3 - Le GEASE
Ce cadre a été formalisé et institue l'ossature
méthodologique du GEASE : Groupe d'Entraînement
à l'Analyse de Situations Educatives. Il limite les dérapages
en définissant un certain nombre de butoirs : durée
des phases, répartition de la parole , séquençage
précis. Ce cadre en instituant une forme de rituel, au moins
de règle du jeu, favorise l'appropriation de l'outil " analyse
de pratiques ".Le déroulement d'un GEASE, en suivant
Maurice LAMY, se compose de 5 phases :
- Choix de l'expérience à analyser
- Narration d'un élément de pratique
- Questionnement du narrateur par le groupe
- Formulation des hypothèses
- Reprise de la parole par le narrateur.
Une 6ème phase est constituée lorsque l'observateur
fait le point sur ce qu'il a vu : nous sommes cependant là
en dehors du GEASE proprement dit. Les phases constitutives d'un GEASE
sont très clairement décrites dans le document faisant
suite à ces notes (cliquez ici).
Ph Garnier

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